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Du supplice de la roue au déraillage poétique (bouquet garni)

samedi 15 janvier 2011 par AK Pô


Je ne parlerai pas ici de la poésie astro physicienne des trous noirs et des fontaines blanches, ni de la beauté d’une équation mathématique, quand celle-ci, en son résumé d’écriture, génère tant de possibilités magnifiques pour l’avenir des hommes. Et ce, pour diverses raisons aussi variées que véritables. Tout d’abord, je ne sais ni lire une équation ni voir avec des jumelles la profondeur éblouissante du ciel et de ses composantes illuminantes.

Ensuite, parce que mon patron, qui lui me surveille avec ses jumelles et lit dans mes pensées (sauf en dehors des heures de travail), m’inviterait à ne plus écouter France Culture quand je me déplace d’un lieu à un autre, sous prétexte que je course une météorite quand je suis censé trouver des diamants dans les perles de rosée. Bref, je ne parlerai que de la poésie qui colle à la peau de ceux qui la ressentent, c’est-à-dire celle de monsieur Toulemonde, et de madame Vouzémoi.

La poésie est à la fois une passion et un combat. Inutile de la chercher ailleurs qu’en soi, vous la trouveriez chez un autre, plus lyrique et sensuelle que vous ne pensiez la ressentir en vous. C’est une catharsis, Chez les curés, une épectase (je dis cela pour vous apprendre des mots nouveaux, avec lesquels on peut faire des rimes). Bien entendu, les lecteurs d’A&P manient mieux la langue des chiffres que celle des chats. Donc, je vais parler d’autre chose, ce qui n’est pas coutume, mais pour cela je me dois d’aller m’habiller en coureur cycliste, pour être plus crédible, pour mettre à mon propos un peu plus de muscles, de tripes, de boyaux et de souffle, bref coller à la roue de mon discours tout en évitant de tourner en rond, sauf les jambes (avec les pouces, on n’avance pas).

Ainsi, comme tous les ignares, je trouve plus de poésie, d’élégance et de distinction à la bicyclette de Régina(°) ma douce oloronaise comparé au vélo de mon oncle Elvish(°), l’anglais palois portant béret, plus âpre, plus masculin, un brin machiste, solide, une santé de fer.

Le samedi, quand j’ai deux ronds, je file chez Tonnet. C’est un peu comme chez Emmaüs, on trouve tout, sauf que c’est neuf et toujours sous la forme de bouquins. Vous cherchez un oiseau exotique, des poissons rouges multicolores, des îles (Jean Grenier) ? Vous croisez au détour d’un rayonnage un Enterrement de Sabres (B. Manciet édition bilingue), le truand don Pablo de Ségovie faisant la vie (Francisco de Quevedo), des pampas poétiques ( Jules Supervielle), des vers libres (Jean Genêt), et des libraires érudits qui sourient mieux que le chat du Cheshire de Lewis Carroll (à ne pas confondre avec les scaroles, qui sont des salades).

Et vous tombez nez à nez sur un petit bouquin, qui manque de vous échapper beau (c’est le dernier exemplaire du libraire), je me souviens du tour de France dans les Pyrénées(*), un ouvrage collectif rassemblant un peloton de témoignages divers, de champions cyclistes locaux et nationaux, de passionnés du vélo dont le souvenir perdure, malgré les strates de macadam dont on tapisse régulièrement l’Aubisque, le Tourmalet, l’Aspin, pour mieux effacer des mémoires l’époque héroïque des courses cyclistes.

Alors, me direz-vous, quel rapport avec la poésie ?

Tout d’abord, les lieux : la montagne, les cols, les routes qui ne sont encore que des chemins carrossables. Le temps, magnifique, caniculaire, orageux, diluvien. Les distances qui séparent les étapes (Bayonne-Luchon, 326 km) , le matériel, rudimentaire (pas de dérailleur, de ravitaillement, nécessité de réparer soi-même son matériel...), pas d’oreillettes, pas d’hélicos. Les hommes, enfin, magnifiques, magnanimes, héroïques (Victor Fontan se bricolant -il avait cassé sa fourche- chez le forgeron du village un vélo avec celui du facteur qui n’avait rien d’un engin de course en y recasant ses roues, son guidon et sa selle). La force, la ténacité, le respect de l’ adversaire, et le fair-play (que je n’ai revu qu’exceptionnellement, dans d’autres sports, de nos jours), la dignité et le courage, tous ces ingrédients qui firent que ces hommes créaient une liesse populaire à leur passage (sans parler d’Yvette Horner dans sa deux-chevaux, jouant de l’accordéon debout). Par ces routes-là, certains entrèrent dans la légende de la Grande Boucle.

Mais au-delà des performances inouïes, du travail constant et de l’esclavage des entraînements, naissait ce miraculeux partage entre les foules et ces bagnards de la route, et cette question : qu’est-ce qui poussait les hommes à se surpasser ainsi ? L’argent, la gloire ? Non, pas à cette époque. Plutôt la reconnaissance, de soi, des autres ; le simple fait d’exister au-delà d’un quotidien banal, par la transcendance d’une montée en danseuse, la folie serpentine d’une descente au bord de l’abîme, l’impression palpable de fréquenter les dieux, les aigles et, dans la souffrance nécessaire, de se sentir homme parmi les meilleurs, ceux qui ne trichent pas.

C’est en et par cela que la poésie est à la fois une passion et un combat : elle est capable de se répandre par sa volonté propre, d’inonder l’espace qu’elle franchit d’une autre vision des choses, de croire en l’homme qui réalise l’exploit autant qu’en celui qui le regarde. Elle est à la fois précisement personne et tout le monde en particulier.

Et je rejoins le point de départ : Je ne parlerai pas ici de la poésie astro physicienne des trous noirs et des fontaines blanches, ni de la beauté d’une équation mathématique, quand celle-ci, en son résumé d’écriture, génère tant de possibilités magnifiques pour l’avenir des hommes.

Nous appartenons tous à des espaces différents, qui se dissocient dans la forme et se joignent dans le fond. Alors, quand ce qui nous était étranger soudain laisse fleurir une sensibilité jusque là inconnue, que l’on perçoit une musique dont on ressent les finesses sans en connaître la partition, rien n’est perdu et tout arrive. On n’attend rien, on est là, pleins de vie.

La prochaine fois, j’évoquerai la poésie des hommes d’affaires, le soir, au fond des boîtes (de cigares).

-par AK Pô

10 01 11

(°) ces marques de vélos étaient fabriquées dans notre région (Oloron et Pau)

(*) édité par Association Mémoire Collective en Béarn bulletin n°21 ; Avec plein d’anecdotes et d’illustrations d’époque 15 euros


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> Du supplice de la roue au déraillage poétique (bouquet garni)
15 janvier 2011, par Autochtone palois  

AK Pô, qui en connait un fort rayon sur la poésie des mots, a un faible pour la poésie du rayon de vélo. Merci de faire connaître ce petit livre,"Je me souviens du Tour de France dans les Pyrénées" déjà parti dans les valises d’amateurs du Tour de France, Brésiliens, Australiens, Anglais ou Belges, venus faire l’étape des Pyrénées (Mondovélo.

La bonne adresse pour le trouver.

  • > Du supplice de la roue au déraillage poétique (bouquet garni)
    16 janvier 2011, par Edouard Girard  

    Tour de France cyc1iste 1930.

    Leducq (André), qui va gagner le Tour, porte le maillot jaune dans les Pyrénées. Il est seul sous le soleil de juillet dans la montée du Tourmalet. Mon oncle le suit en compagnie de mon père, dans sa conduite intérieure Ford, cette voiture carrée des années trente, haute sur ses roues à gros rayons, modèle utilisé en ce temps là dans les films de Charlot. Suivre le maillot jaune dans le Tour, en direct, sans directeur de course, ni commissaires, ni police de la route pour vous chasser, c’était possible pour des pékins équipés d’une Ford. Pourquoi donc ? Parce que, tout simplement, c’était la seule voiture capable de monter un col sans chauffer ! Toutes les autres, qui étaient rares sur la course, s’arrêtaient, à la recherche d’eau dans le torrent, avec un broc prévu à cet effet(livré sans doute avec la voiture, allez savoir...)pendant que jaillissait du capot ouvert un jet de vapeur.

    "Si on montait au sommet du col ?" dit l’un des deux beaux-frères qui s’ennuie un peu au volant car on n’est pas loin de monter au pas.Proposition agréée. Il faut dépasser Leducq qui "enhanne" et écrase en cadence les pédales de sa lourde machine ( à deux vitesses seulement, plaine et montagne !)

    La route n’est pas goudronnée, et c’est un peu embêtant. "Enculés ! hurle Leducq, qui disparait au dépassement sous un énorme nuage de poussière.

    Mais sur un lacet supérieure, des spectateurs ont tout vu et tout entendu. Et lorsque la Ford arrive à hauteur, la carrosserie résonne d’une grêle de cailloux. Elle n’a d’autre issue que de disparaître promptement, sans demander son reste.

    C’étaient les Tours d’antan,et les fondus de la bécane y trouvaient leur part de poésie et d’enchantement !

    Salut Ak Pô et bonnes balades.

  • > Du supplice de la roue au déraillage poétique (bouquet garni)
    16 janvier 2011, par Autochtone palois  

    1930, autres faits marquants :
    -  Pour la première fois Pau est ville-étape.
    -  Pour la première fois, et la dernière, Henri Desgrange impose un vélo identique pour tous les coureurs, un vélo anonyme, peint en jaune, fabriqué à Pau, rue de Livron, par les cycles Elvish.
    -  Pour la première fois une caravane publicitaire apparait dans le Tour. Mais elle ne s’aventure peut-être pas dans les cols !
    -  Pour la première fois des équipes nationales sont créées : le leader de l’équipe de France est le Palois (futur Nayais) Victor Fontan.

    Mais les vélos n’ont toujours pas droit au dérailleur. Il faut tourner la roue pour changer de vitesse, d’où deux vitesses seulement. smiley

  • > Du supplice de la roue au déraillage poétique (bouquet garni)
    15 janvier 2011, par Autochtone palois  

    AK Pô, qui en connait un fort rayon sur la poésie des mots, a un faible pour la poésie du rayon de vélo. Merci de faire connaître ce petit livre,"Je me souviens du Tour de France dans les Pyrénées" déjà parti dans les valises d’amateurs du Tour de France, Brésiliens, Australiens, Anglais ou Belges, venus faire l’étape des Pyrénées (Mondovélo.

    La bonne adresse pour le trouver.

       
     
     
     
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