« Ne m’oublie pas » est une pensée commune aux amoureux ou à celles et ceux qui l’ont été. Mais que peuvent avoir en commun ceux qui clament le contraire ?
Que peuvent avoir en commun une ex sex-symbol, des directeurs de recherche au CNRS, des footballeurs, un mathématicien génial mais asocial ? Probablement le fait d’être fort différents des hommes et des femmes politiques ordinaires. Du genre Xavier Darcos, qui, après sa défaite électorale, aurait aimé recevoir Versailles pour prix de ses services à l’Education Nationale. Services bien relatifs car sa réforme de la formation des enseignants n’a pas fini de susciter l’indignation et l’incompréhension. Et aussi parce que montrer que l’on ne sait pas faire une règle de 3 n’est pas très glorieux pour un ministre de l’Education, et tenter de tricher lors d’une dictée, encore moins. Le pôvre devra se contenter de la présidence de l’Agence culturelle internationale. On ne peut pas dire que l’exemple de Christine Boutin, de ses 17.500 euros mensuels, hors avantages divers, va redorer son blason. Car la suspicion que cette haute mission visait surtout à écarter une rivale dans la course de 2012 restera. Et le recrutement de 3 de ses proches parmi ses 4 adjoints (pour 22000 euros mensuels) qu’elle aimerait faire oublier restera-t-il accepté ?
Il est tellement plus judicieux de placer ses proches à proximité des sources chaudes de l’argent sans risquer le scandale comme celui soulevé par la tentative de nomination de Jean Sarkozy. Ainsi, Mme Woerth qui gère depuis 2007 la fortune de Mme Bettancourt (L’Oréal) entre au conseil de surveillance d’Hermès. Claude et Bernadette Chirac veillent aussi à l’industrie de luxe : les pièces jaunes, c’est bon pour la France d’en bas.
A l’inverse, le sort de Laura Antonelli, peut serrer le cœur. Lucchino Visconti la considérait comme « la femme la plus belle de l’univers » (et le prouvait dans « L’innocent », son dernier et magnifique film). Elle vit dans la misère morale et matérielle avec 510 euros par mois, après bien des déboires. Et elle ne veut qu’une chose : qu’on l’oublie.
C’est aussi ce que demandent de prestigieux chercheurs du CNRS qui refusent de postuler à la prime d’excellence scientifique. Ils contestent ainsi la logique individualiste et marchande du gouvernement, contraire au travail en équipe et à une revalorisation des carrières, en particulier pour les jeunes. Lors de leurs déplacements pour des congrès, il leur arrive de loger dans des résidences universitaires spartiates ou de partager des chambres d’hôtel, dont le tarif, pourtant n’atteint pas celui des chambres de nos footeux. Ces derniers aimeraient bien se faire oublier, car ils ne sont pas certains que leurs talents soient à la hauteur de la comparaison...
Terminons ce petit tour d’horizon avec Gregori Perelman, génial mathématicien russe, qui a résolu une conjecture vieille de plus de 100 ans émise par Henri Poincaré. Il vient de bouder les cérémonies organisées en son honneur, le 8 juin à l’Institut Henri-Poincaré de Paris, le « temple » des mathématiques en France. Qu’il puisse aussi dédaigner le prix du Clay Mathematics Institute (un million de dollars) laisse les médias pantois. Alternatives paloises vous livre une explication : les mathématiques ne sont pas (seulement) la « reine des sciences », mais le dernier des sports, ou presque. L’effort que ce chercheur a exigé de lui-même ne peut trouver sa récompense dans l’argent ou les honneurs. Il ne peut être que dans la satisfaction d’avoir triomphé de la difficulté. On est loin de nos profiteurs.