Abonnement à la newsletter d'A@P

Votre email :

Valider
 

 

De l’importance du mot

lundi 25 mars 2013 par Georges Vallet


« Le mot ne montre plus, le mot bavarde, le mot est une fuite, le mot empêche le silence de parler, le mot assourdit... » Ionesco, (Journal en miettes).

Le populisme est-il une solution pour surmonter la crise économique actuelle ?
C’était le titre d’une question posée aux lecteurs d’A@P.
Avant de répondre, il m’a paru essentiel de savoir ce qu’ ’on appelait « le populisme ».

Dans le Monde, sous la plume de l’historien P. Roger, on trouve : « Mettons bout à bout les deux définitions favorites de Gustave Flaubert : « Populisme, on ne sait pas ce que c’est ; tonner contre. » et « Le mot est partout, sa définition nulle part ». Quant à "tonner contre", éditorialistes et politiques s’y emploient quotidiennement. »
Le populisme déclenche une avalanche d’analyses et de commentaires. Les politiques ont fait de ce mot un commode anathème ; le définir avant de stigmatiser, ne serait-ce pas la chose essentielle ?

Vincent Coussedière dans « L’éloge du populisme » dit que le peuple ne se reconnaît plus dans ses représentants ni dans la traduction médiatique de ses problèmes ; les élites intellectuelles et politiques ne comprennent rien à la réalité du peuple.

Michel Serres, dans « Petite Poucette » donne indirectement une définition : « Tout le monde veut parler, tout le monde communique avec tout le monde en réseaux innombrables. » Ce chaos remplit tout l’espace, un véritable mouvement brownien ! A la nouvelle démocratie du savoir correspond, pour la politique générale, une démocratie en formation, qui demain s’imposera. « Concentrée dans les médias, l’offre politique meurt, elle n’offre plus aucune réponse, elle est fermée pour cause d’inventaire. » Vous vous moquez, dit petite Poucette, de nos réseaux sociaux mais vous redoutez qu’à partir de ces tentatives apparaissent de nouvelles formes politiques qui balaient les précédentes, obsolètes !! Pouvez-vous rester fiers des résultats de vos politiques passées ?

Pour Alexandre Dorna, dans « Le monde diplomatique », le populisme est traité sous forme stéréotypée, comme un non-sens, un « fait divers » pittoresque. Il analyse pêle-mêle : la victoire de M. Luiz Inácio « Lula » da Silva au Brésil, la politique de M. Hugo Chávez au Venezuela, celui de Beppe Grillo en Italie, et, hier, l’ascension de M. Bernard Tapie en France, le poujadisme ou le boulangisme. D’autres figures pratiqueraient le « télépopulisme » : Silvio Berlusconi, José Bové, Jean-Marie Le Pen... « Le terme devient donc difficile à analyser, les événements qu’il désigne sont inclassables. De ceux qui ont renoncé à le faire à ceux qui se contentent de compiler, rares sont les spécialistes qui donnent une définition correcte du populisme. »

Pour Jean-Claude Guillebaud, le mot populisme devient la rengaine à la mode. Expression fourre-tout, cette prétendue désignation d’un péril cardinal est au mieux une paresse intellectuelle, au pire une manœuvre d’intimidation constamment désignée par ceux qui ne veulent pas que cela change. Non seulement la rengaine est trompeuse mais elle brouille le regard et obscurcit l’intelligence.


« S’alarmer des symptômes est une gesticulation si l’on ne s’intéresse pas à la maladie qui les fait naître. Plus grave encore : s’en prendre au populisme chaque fois que les peuples s’indignent ou se rebiffent, c’est perpétuer un discours qui s’apparente à celui du mépris. »

Evoquer à tout bout de champ le « populisme » dont on fait une essence revient à dénoncer d’une même voix les cinglés néonazis grecs de l’Aube dorée et les « indignados » espagnols qui sont à l’origine de textes et de manifestes magnifiques. Cela revient à mettre dans le même sac l’inquiétante Alliance néo flamande victorieuse à Anvers et les militants pacifistes et créatifs d’Occupy Wall Street à New York...

Jean-Paul Fitoussi (le théorème du lampadaire) préfère évoquer ces « temps déraisonnables où la plus grande misère côtoie la plus grande richesse et où prévaut l’apogée de la déraison politique ; cette déraison et l’aveuglement qui ont progressivement construit le monde peu hospitalier dans lequel nous vivons. ». Il donne deux éléments explicatifs :
Le premier concerne la bêtise. Elle explique que tant de décideurs aient pu collectivement adhérer à cette fameuse théorie de « l’efficience des marchés » émise dans les années 1970 par l’école de Chicago. En dépit des crises, des alertes et des démentis du réel, on a continué de croire que les marchés à eux seuls, réguleraient. « Comment imaginer une telle conjugaison d’irrationalité, de bêtise, chez les décideurs ? »
Le second élément du diagnostic est l’invraisemblable cupidité des opérateurs financiers et des acteurs de l’économie. Elle a pris aujourd’hui une tournure pathologique à l’échelle de la planète ; elle entraîne les décideurs à prendre des risques d’autant plus inconsidérés que les pertes, au bout du compte, seront socialisées.

« En d’autres termes, la facture sera payée in fine par les citoyens ordinaires. Si ces derniers protestent, on les mettra aussitôt en garde contre le populisme !
C’est fou !

L’un des malheurs de la démocratie est la confusion systématique, qui, en rabattant populisme sur démagogie, creuse l’écart entre le peuple et sa représentation politique. Au référendum sur la Constitution européenne, les politiques ont tout fait pour ne pas tenir compte du « non » français, non pas à l’Europe, mais à celle, néolibérale, qui était proposée. Le peuple ne convenant pas, il faudrait changer de peuple.

Pour Dominique Reynié : « c’est une vision politique sommaire et brutale opposant, d’un côté, un peuple abandonné, voire spolié, et, de l’autre côté, des élites incompétentes, voire corrompues. Il est considéré comme le mal en politique car il a pu conduire au pire ; il est le signe que quelque chose ne fonctionne pas dans la démocratie. On en parle car il intéresse les médias : les leaders font du rentre-dedans, proclament des opinions radicales et spectaculaires.
Alors, que penser de ce sondage sur le populisme ?
Demander une opinion sur un concept non défini, ambigu donc, cela n’a aucune valeur scientifique ; ce n’est même pas estimatif car les réponses, au sein du oui ou du non, n’ont pas le même contenu.
Pour Loïc Blondiaux « le miracle des sondages a été de transformer un concept ambigu en construit mesurable ».
Avec Catherine Panassier, on peut vraiment se demander si les sondages sont « des outils de construction ou d’expression de l’opinion publique ? » Prônant une démocratie plus directe, « les populistes », auraient pour objectif de « rendre le pouvoir au peuple » : les nouvelles technologies de l’information, les sondages, les référendums sont donc des outils performants du populisme ! Etre pour ou contre est complètement dépassé ; c’est le constat de l’irresponsabilité qui est dramatique. Non, un homme averti n’en vaut pas deux !
Si le passage d’un ordre au désordre est précurseur d’un nouvel ordre qui émerge, la métamorphose est toujours tragique pour ceux qui la vivent car elle détruit pour reconstruire ; l’incertitude devient la seule prévision possible, d’où l’angoisse.

- par Georges Vallet

Crédit photo : journal-integral.blogspot.com


[ Imprimer cet article ] [ Haut ]
 
 
 
Votre commentaire



> De l’importance du mot
25 mars 2013, par Larouture  

La mauvaise cote auprès de l’opinion des journalistes et celle encore plus mauvaise des hommes politiques furent mentionnées lors du colloque de l’UPPA « opinion publique et territoires » du 1er mars dernier.

En réponse à une question de M. Boutin sur la montée du populisme, M. Labazée demanda si la gestion locale ou nationale serait mieux assurée par des élus populistes. La réponse étant à l’évidence négative, j’en ai conclu que les hommes politiques traditionnels n’avaient pas de raison de changer leur manière de gouverner.

M. Labazée indiqua également que l’électeur (l’opinion ou le peuple qui n’a pas de relations) demande très souvent à l’élu d’intervenir pour transgresser les lois et règlements (par exemple demandes de mutations dans le Sud d’enseignants en poste dans le Nord).

M. Labazée prit aussi l’exemple de la Pau-Oloron pour laquelle de nombreux élus sont favorables alors que nombre de leurs électeurs s’opposent.

M. Pépin (ancien journaliste) précisa que le métier de journaliste, comme pour celui de l’homme politique, était "le contact et la distance" (citation de M . Beuve-Méry).

> De l’importance du mot
25 mars 2013, par Oscar du Pont  

JP Fitoussi fut mon Maître assistant en économétrie...la pire des "pseudo-sciences" cher Georges, celle qui prétend mesurer la déraison des marchés. Il était d’ailleurs excellent. Il a d’ailleurs fait de moi un socio- libéral convaincu. Depuis, il fait un peu de politique...Et a renoncé à prévoir les crises. C’est plus simple d’en commenter les raisons ensuite. Ne pas comprendre comment fonctionnent les marchés ne suffit pas pour expliquer leur inefficience, surtout quand ils se regulent tout seul par la crise. La preuve justement de leur parfaite efficience. Si le débat est celui des conséquences de la crise sur les acteurs "innocents" du marché que nous sommes tous, c’est autre chose, bien sûr. Et si le débat porte sur l’infatigable appétit des" innocents" pour la consommation ou la satisfaction individuelle de leurs besoins, c’est encore autre chose..

  • > De l’importance du mot
    26 mars 2013, par Georges Vallet  

    Cher Oscar

    J’apprécie pleinement ces propos apaisés.

    Pourvu que cela "doure" !

  • > De l’importance du mot
    26 mars 2013, par Oscar du Pont  
    Toujours harmonieusement à l’unisson des vôtres cher Georges ;-)

  •    
     
     
     
    Les rubriques d’A@P
    Citoyenneté
    A compte d’auteurs
    "Arpenteurs sans limites"
    "Les sorties de Michou"
    "Un samedi par semaine - tome 2"
    "Un samedi par semaine - tome I"
    Au ras du bitume
    Enquêtes
    Evasion
    Maréchaussée Paloise
    A@P.com
    Courrier d’e-lecteurs
    Hommes et femmes d’ici !
    Opinion
    Portraits, Entretiens
    Tribune Libre
    Humeurs
    La Charte d’A@P
    Le défouloir !
    Les cartons
    Les cartons mi-figues mi-raisins
    Les cartons rouges
    Les cartons verts
    Les Nouvelles Pratiques Municipales (NPM)
    Vu dans la presse
    ”Les Causeries d’A@P”
    Détente
    Loisirs
    Spectacles
    Economie
    Aéroport Pau-Pyrénées
    Enjeux
    Enjeux environnementaux
    Enjeux européens
    Enjeux sociétaux
    Grand Pau
    Lescar
    Billère
    Gan
    Gelos
    Idron
    Jurançon
    La CDA Pau-Pyrénées
    Lons
    Point de vue
    Grands projets
    "LGV des Pyrénées" : la desserte du Béarn et de la Bigorre
    BHNS (Bus à Haut Niveau de Services)
    Le "Pau-Canfranc", la Traversée Centrale des Pyrénées
    Nouveau complexe aquatique de Pau
    Nouvelle voie routière Pau-Oloron
    Nouvelles Halles de Pau
    Pau
    Du Côté des Quartiers
    La vie
    Une idée pour la ville
    UPPA
    Politique
    Forums des Partis
    Politique locale
    Politique régionale et nationale
    Territoires
    Aragon
    Béarn
    Bigorre
    Espagne
    Europe, Monde
    Pays Basque, Euskadi
    Pyrénées
     
       
     
      Envoyer à un ami
    Destinataire  :
    (entrez l'email du destinataire)

    De la part de 
    (entrez votre nom)

    (entrez votre email)



    [ Imprimer cet article ]
     


     
    Autres articles

    Il est urgent d’écrire une autre symphonie du nouveau monde !
    Affaire Alexandre Junca, un gros travail de flic.
    Suicides durables pour compétitivité et croissance durables. Est-ce soutenable ?
    Mariage d’amour
    De la transparence à l’opacité programmée !!!
    Multiplions les divisions !
    Le maïs peut-il nourrir l’humanité tout en protégeant la planète ?
    Jusqu’où et jusqu’à quand ?
    Partir en Suisse ?
    Pourquoi se taire ?
    Si la femme est l’avenir de l’homme, l’homme est un avenir incertain pour la femme !
    Mariage ou union pour tous ?
    Je ne discute jamais politique avec des gens qui ne font pas eux mêmes leurs confitures
    La justice fiscale (suite et fin)
    La démocratie en spectacle...ou la dernière tentation de Don king
    Histoires de famille
    « C’est un grand agrément que la diversité. L’ennui naquit un jour de l’uniformité »
    Voitures brulées la nuit de la Saint Sylvestre
    Justice fiscale
    Il faut harmoniser les péages des autoroutes A 63 et A 65



    [ Haut ]
     

    Vous pouvez afficher les publications de Altern@tives-P@loises sur votre site.

    Site mis en ligne avec SPIP | Squelette GNU/GPL disponible sur © bloOg | © Altern@tives-P@loises