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Marc Cabane

lundi 18 mars 2013 par Bernard Boutin


Marc Cabane a passé toute sa carrière au service de l’État. Sous-préfet, préfet, en poste à l’administration centrale parisienne, il aura eu de nombreuses fois à se pencher sur l’organisation territoriale.
Si les intercommunalités sont devenues "un classique", la coopération entre territoires, séparés par une région, est chose moins fréquente. Même rare. A moins de parler de coopération entre territoires situés de part et d’autre d’une frontière.
L’Etat n’a pas de méthode prévue d’avance pour Béarn-Bigorre. Reste à suivre l’idée de Gérard Trémège, maire de Tarbes de mettre en place une "Agence de Développement Economique" qui ne marchera qu’à deux conditions expresses : avoir des objectifs précis et que les grands décideurs y participent. 

A@P - Quel cadre pourrait être mis en place pour amener deux territoires comme le Béarn et la Bigorre à travailler ensemble d’une façon pérenne ?
Marc Cabane - Peut-être faut-il éclairer l’enjeu tout d’abord. La DATAR a fait une étude sur les systèmes urbains métropolitains. Il ne s’agit pas de métropoles au sens de la loi sur la décentralisation mais de territoires s’inscrivant dans des dynamiques d’échanges et de services. Ces territoires sont caractérisés par leur aptitude à développer l’économie de la connaissance, à s’ouvrir à l’international et sur le plan national à être connecté à de nombreux territoires.
Dans le cas de Béarn-Bigorre, nous avons un territoire au poids démographique significatif (400 000 habitants cumulés dans les zones urbaines au sens Insee de l’ensemble). Il est relié à l’international et à un nombre important de destinations nationales grâce à ses deux plates formes aéroportuaires. Il dispose d’un potentiel d’enseignement et de recherche public et privé très significatif. La DATAR a affecté des coefficients à l’ensemble de ces atouts ce qui nous place à l’intérieur des 26 systèmes urbains nationaux et ce en rang honorable.

Des phénomènes de croissance interviennent donc grâce aux mises en relation avec d’autres territoires, mais aussi à l’intérieur de l’ensemble par les relations d’échange qui s’établissent. On observe ces phénomènes et il est vrai qu’on a du mal à les accompagner parce que les structures de coopération ont été conçues pour gérer des services de proximité et pas nécessairement des fonctions supérieures qui échappaient aux acteurs locaux. L’Etat a tenté de mettre en place des outils par le passé, avec les réseaux de villes par exemple, avec plus ou moins de succès. Plutôt moins que plus.

Ma conviction forte est qu’il faut prendre en charge ce type nouveau de coopération ce qui n’est pas incompatible avec l’amélioration de la coopération de proximité. Faire les deux efforts en même temps ne se fait pas au détriment des unes et des autres.

La coopération de proximité est engageante : Le fait de rentrer dans une communauté d’agglomération induit des solidarités fortes, avec du personnels en commun etc. C’est une étape qui se construit dans la proximité avec le service rendu aux citoyen.

Par contre, les relations entre deux territoires peuvent paraitre plus abstraite. Il faut donc les conduire en s’appuyant sur des choses pratiques et concrètes. Il faut se dire que cela ne marche que si les grands élus y participent. Autrement, cela ne fonctionne pas. Et pour qu’ils y participent, il faut qu’il y ait un enjeu et une procédure de décision. Sans cela, on reste dans la spéculation. Il y a alors plein de bonnes idées, comme pour les réseaux de villes, mais qui restent sans lendemain.

A@P - A quel type d’enjeu pensez-vous pour le Béarn et la Bigorre ?
Marc Cabane - Il y a des sujets évidents de coopération territoriale : l’aéroport, les hôpitaux, la culture, la politique touristique. La LGV aussi sauf qu’au fur et à mesure que l’on verra l’horizon s’éloigner fortement, l’intérêt va décroitre.

Pour mettre sur pied tout cela, il faut des incitations. Soit, l’Etat les met en place sous forme d’outils de coopération prenant la forme d’établissements publics, soit il est mis en oeuvre des outils de coopération avec enjeux mais de type associatif, ce qui est la proposition de M. Trémège. Il ne faut pas trop de sujets dans une première phase mais des choses simples, des choses évidentes. Le Maire de Tarbes en appelle à la mise en place d’une "Agence de Développement" pour faire de la prospection économique. Pourquoi pas ? (ndlr : voir A@P Interview de Gérard Trémège)

A@P - Comment éviter que cela soit une source de dépense supplémentaire ?
Marc Cabane - C’est difficile. Pour qu’il y ait de l’efficacité, il faut qu’il y ait de l’ingénierie qui aura un coût : celui de la personnes ou des personnes que l’on met du le "job".

J’ai eu une expérience concrète quand j’étais préfet des Pyrénées Atlantiques. Les Basques espagnols voulaient une coopération avec l’Etat français et non la région Aquitaine. Le Président de la région Aquitaine, Alain Rousset s’en est offusqué mais les Basques tenaient à parler à l’Etat dans sa représentation locale. Le président du gouvernement espagnol, M. Zapatero, avait besoin du soutien des élus basques du PNV (Partido Nacionalista Vasco) aux Cortes. L’Etat français est donc entré dans un mécanisme d’échanges.

Ce qui m’a frappé c’est que les sujets de coopération étaient des sujets de l’Etat même si liés à la proximité. Un exemple : quand les Français ou le Espagnols fermaient l’autoroute, il n’y avait aucune structure d’échange de part et d’autre de la frontière. Les processus de décisions étaient éclatés. En Espagne, la police autonome dépendait de la région basque, le concessionnaire de l’autoroute, Bidegi, de la "Deputación". Côté français, les décisions dépendaient plutôt de l’Etat avec un partage entre la gestion de proximité sur le risque et le rôle du préfet de zone. Gérer de la fluidité suite à un accident repose sur des pratiques complexes.

On a eu aussi à aborder des problèmes sanitaires similaires entre Pays Basque français et espagnols. Comment organiser une prise en charge complémentaire de part et d’autre de la frontière ? Un autre exemple : Un tiers de la population d’Hendaye est espagnole. Comment peut-on payer ses impôts lorsqu’on vit en France et que sa banque est en Espagne ? Le Trésor Public n’avait pas l’accord des banques espagnoles pour émettre des Tip. Avec qui négocier ce type de progrès pour l’usager ?

A@P - Entre Béarn et Bigorre, cela devrait être plus simple. Connaissez-vous en France des exemples de coopération "efficace" entre territoires alors que situés dans des régions administratives différentes ?
Marc Cabane - Dans le Pays de Redon, entre deux régions, la Bretagne et les Pays de Loire, et 3 départements, le Morbihan, l’Ile et Vilaine et la Loire Atlantique, une coopération s’est organisée principalement sur les questions de service au public : préfecture, agence pour l’emploi, service sociaux des départements etc. L’idée était de mettre à la disposition du public un pôle commun à Redon pour des gens en provenance de départements différents.
 
A ma connaissance, en dehors de communautés de communes qui peuvent être à cheval sur deux régions comme j’ai pu l’observer en Eure et Loire, je n’ai pas vu d’exemple très marqué (ndlr : similaire à la situation du Béarn et de la Bigorre) sauf sur des cas transfrontaliers en Sarre, en Alsace et au Pays Basque comme vu précédemment.


- propos recueillis par Bernard Boutin
 


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Votre commentaire



> Marc Cabane
20 mars 2013, par Jacques Faget  

Monsieur Cabanne je crains que vous ne soyez quelqu’un de trop bien pour être maire de la ville de Pau. N’oubliez pas que son électorat au niveau bas du plafond s’est laissé circonvenir pendant trente ans par la démagogie et le clientélisme éhonté d’un André Labarrère. Aujourd’hui, on ouvre les placards et on découvre les pots aux roses. Alors, si pour être élu, il faut se prêter à de telles bassesses,c’est à désespérer de la démocratie et de la République.

  • > Marc Cabane
    21 mars 2013, par pehache  

    Si il est "trop bien" pour Pau, il le cache assez bien.

    Parce que pour l’instant, à part sur les parkings et sur le plan de circulation au centre, il n’a pas dit grand-chose. C’est un peu léger...

  • > Marc Cabane
    20 mars 2013, par Rêveur des villes  

    "La fameuse coopération Béarn-Bigorre". Il n’y a pas grand-chose à en dire. LE grand dossier était celui de l’aéroport commun, mais il y a 15 ans, ni Labarrère ni son homologue tarbais ne voulait en entendre parler.

    Il y a eu l’école des arts. Sans doute peut-il y avoir d’autres projets au niveau de l’enseignement.

    Pour le reste, c’est une infinité de bla bla pour un petit nombre de dossiers réels.

    Tarbes, autant que Pau doivent faire des parkings autoroutes dignes de ce nom pour favoriser le co-voiturage.

    Le sport pro, on va en rester là. Trémège a ouvert le débat, immédiatement refermé par MLC.

  • > Marc Cabane
    20 mars 2013, par pehache  
    A défaut de pouvoir rattraper l’erreur d’il y a 15 ans, au moins pourrait-on l’atténuer par une gestion commune des deux aéroports, ne serait-ce que pour éviter qu’ils se tirent dans les pattes. Mais même ça semble difficile, donc en effet beaucoup de blabla pour peu de concret.

  • > Marc Cabane
    19 mars 2013, par Larouture  

    L’interview de M. Cabane m’a intéressé. Les réponses m’ont paru claires et caractéristiques d’un recul certain. Il me semble que cela contribue à une meilleure compréhension de la problématique de la coopération entre le Béarn et la Bigorre.

    Je trouve aussi que les propos de M. Cabane relativisent les propositions de M. Mimiague sur le pôle métropolitain Béarnais. Ils me paraissent plus en phase avec ceux de Mme Lignières-Cassou (et d’autres certainement) .

    Mais c’est le recul de M. Cabane qui m’interpelle. Je n’ai pas ressenti une volonté de changer le cours des choses. Je pense que l’expérience de M. Cabane serait plus utile en dehors de l’action politique ; par exemple dans le milieu Universitaire, associatif ou à la tête de commissions diverses touchant au territoire.

    > Marc Cabane
    18 mars 2013, par Valérie  

    En quoi la "vision" territoriale de Mr Cabane diffère t’elle de celle de Martine Lignières-Cassou ? Le consensus sur un avenir Béarn/Bigorre est largement partagé.

  • > Marc Cabane
    18 mars 2013, par le coq  
    Arrêtez de nous faire croire que nos élus ont une vision territoriale ou même locale. Depuis 35 ans on voit le résultat sur le plan de la circulation des voitures, des idées, des personnes, l’inaptitude des choix économiques, le rejet d’association avec nos voisins, le gaspillage des impôts locaux pour aider "le sport". Bref, des parasites qui ne soignent que leur EGO et plus. Il faudrait les traduire en justice pour détournement de fonds vers les caprices électoralistes.

  • > Marc Cabane
    19 mars 2013, par Daniel Sango  

    Ah bon ! MLC aurait une "vision" territoriale ?

    C’est nouveau, j’ai toujours entendu son délire sur Pau au centre du triangle Bordeaux Toulouse Saragosse... Ce qui bien sûr ne veut strictement rien dire...

    Après Bernadette à Lourdes, Martine à Pau... Et qu’a t elle fait suite à sa "vision" ?

    Elle s’est réfugiée dans la prière ?

  • > Marc Cabane
    18 mars 2013, par Jack Fagot-Barraly  

    Se lancer a la conquête d’une ville comme Pau ,pour tout ancien préfet qu’il soit me parait bien téméraire , et ce pour une seule bonne raison il faut pour cela avoir une solide equipe de militants aguerris ,chevronnés , disponibles et ...compétents . Peut-etre les a t-ils ? Les palois ne les ont encore pas vus !!

  • > Marc Cabane
    19 mars 2013, par Daniel Sango  

    Vous vous trompez d’époque Monsieur Fagot, ce ne sont pas des militants compétents qu’il faut (ils ne servent à rien, demandez à François Bayrou) ce qu’il faut ce sont des élus compétents et honnètes hommes voulant agir pour le bien du collectif et pas pour leur future ré élection.

    Ceci posé, il ne reste plus grand monde dans le flot des candidats, et M Cabanne peut être parmi les qualifiés.

  • > Marc Cabane
    19 mars 2013, par Jack Fagot-Barraly  

    Monsieur Sango , vous ne pompez rien en politque et encore moins en ce qui concerne une CAMPAGNE ELECTORALE

    Je persiste ,pour mener une bonne campagne il faut de bons et nombreux militants qui ne rechignent pas au boulot . Vous me citez Bayrou . Vous avez tout faux ,car Bayrou ne pense qu’a lui : Le chef .Les autres suivent et se la ferment et quand je dit les autres ils pourraient se reunir dans une cabine téléphonique .

    Et pour 2.014 il envoie Pouyeto au charbon ? Ouh là ça va déménager smiley

  • > Marc Cabane
    19 mars 2013, par pehache  

    Monsieur Sango , vous ne pompez rien en politque et encore moins en ce qui concerne une CAMPAGNE ELECTORALE Je persiste ,pour mener une bonne campagne il faut de bons et nombreux militants qui ne rechignent pas au boulot .

    Ce qui revient à dire que la campagne électorale finit par être une fin en soi, et que ce qui se passe entre deux campagnes est anecdotique.

    C’est effectivement ce qui se passe bien souvent, mais il n’y a pas de quoi s’en féliciter.

  • > Marc Cabane
    19 mars 2013, par Rêveur des villes  

    Il y a les militants personnellement intéressés et ceux pour qui la campagne n’est qu’un grand jeu durant lequel ils se marrent bien à coller des affiches, à faire qqes grimaces sur celles du concurrent, le tout ponctué de bons gueuletons bien arrosés.

    Aucun esprit critique sur la qualité du programme ou de la gestion de leur politicien-animateur. Aucune analyse sérieuse, et d’ailleurs, ils s’en contre-fichent. Ceci autant au PS qu’à l’UMP ou au Modem.

  • > Marc Cabane
    19 mars 2013, par Jack Fagot-Barraly  
    Non ,vous vous trompez .La campagne electorale n’est pas une fin en soi .C’est un moment fort de la vie politique . Il faut l’avoir vecu . Aprés il y a le moment où les élus sont a charbon et là , encore il faut les aider ? C’est tout le sens et la nécéssité d’un vrai parti politique

  • > Marc Cabane
    21 mars 2013, par Daniel Sango  

    De mauvaise réflexion de derière les fagots...

    Vous avez tout faux ,car Bayrou ne pense qu’a lui

    Vous avez tout faux parceque c’est ce que j’ai écrit...lisez plus attentivement, et bonne campagne

  • > Marc Cabane
    18 mars 2013, par le coq  

    En quoi un "ancien préfet" est-il à l’écoute des citoyens pour les aider à faire respecter leurs droits contre une administration au ordres de l’exécutif et du politique ? Ce n’est pas sa place, qu’il use de sa retraite, qu’il apprenne à vivre "sans être écouté" par des gens comme lui en fonction. Il verra le vrai sens du bon droit.

       
     
     
     
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