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Si la femme est l’avenir de l’homme, l’homme est un avenir incertain pour la femme !

lundi 4 février 2013 par Georges Vallet


Si la femme est l’avenir de l’homme, l’homme est un avenir incertain pour la femme ! (Réflexions) Une enquête nationale menée par le Ministère de l’Intérieur en 2006, sur le nombre de « féminicides » conjugaux en France, révèle que 150 femmes meurent de ce type d’homicides chaque année. Actuellement une femme décède tous les trois jours sous les coups de son conjoint.
Si les causes directes sont parfois identifiées, les causes profondes, c’est-à-dire les vraies responsables, sont toujours très complexes.
L’homme est un animal comme les autres, mais aussi unique en son genre !
Il est le seul à se tenir debout, à avoir développé des mains préhensiles, un grand cerveau, un gosier apte au langage. Le seul capable de transmettre de l’information sous forme de représentations, d’imaginer et de prévoir (est-ce si sûr ?) et de dominer la nature. Le seul doté du rire (même si les chimpanzés rient et se moquent). Le seul capable de perversion, disent les psychanalystes. Le seul dont la néoténie est un handicap mortel du fait de sa longue durée.
A ces caractéristiques et à d’autres, Françoise Héritier, professeure émérite au collège de France, en ajoute une nouvelle : « L’homme est la seule espèce où les mâles tuent les femelles de leur espèce. »
Les animaux connaissent certes des hiérarchies et se livrent des combats, mais entre mâles et entre femelles ; les mâles ne battent ni ne tuent les femelles de leur groupe. Ce qui signifie que le comportement d’agression à l’égard des femmes n’est pas un effet de la nature animale de l’homme, mais de ce qu’on appelle conscience, intelligence ou culture. C’est parce que l’homme pense, érige des systèmes de pensée intelligibles et transmissibles qu’il a construit le système validant la violence jusqu’au meurtre à l’égard des femelles de son espèce, qu’il le légitime et le transmet.
L’homme est, certes, doué de raison, mais c’est justement cette capacité qui le conduit à avoir un comportement déraisonnable.
Le comportement animal qui fait que les femelles ne sont pas tuées par leurs congénères tient vraisemblablement au gaspillage, en termes d’évolution, que ce comportement implique. Les mâles sont facilement remplaçables, ne serait-ce qu’en raison de la surabondance de leur production spermatique, alors que les femelles voient le rythme de leur vie génésique ponctué par des temps d’arrêt de la gestation et de l’allaitement.
On voit poindre ici, sur ce sujet, la question rebattue de la nature et de la culture. L’anthropologie contemporaine montre désormais que la frontière entre les deux n’est pas aussi claire qu’elle pouvait le paraître à Claude Lévi-Strauss. Ce n’est pas une nature animale de l’homme qui fonde la violence des représentants d’un sexe sur l’autre ; on ne peut pas en déduire l’existence d’une « nature » masculine violente, jalouse et possessive, ni d’une nature « féminine » douce, acceptante et soumise.
Un modèle mental a été élaboré dans les temps lointains du paléolithique par Homo sapiens qui a tiré partie, dans la jeunesse de ses observations, des faits physiologiques qu’il relevait et de la nécessité de leur conférer un sens.
Un modèle explicatif construit par l’esprit humain en des temps qui ignoraient la génétique, a connu un effet fantastique : les mâles mettent des enfants dans les femelles, elles deviennent une ressource nécessaire afin qu’ils se reproduisent. Il s’accompagne de conséquences devenant extrêmes : l’assignation des femmes à la maternité, puis au domestique, par des moyens plus ou moins contraignants comme la privation d’user librement de leur corps, d’accéder au savoir, aux situations de pouvoir, la condescendance et le mépris... Il s’accompagne aussi de l’appropriation par les hommes des femmes, et de la volonté de jouissance exclusive de leur capacité : sexuelle, procréative ou productive, et donc aussi du droit à la contrainte qui va jusqu’au meurtre.
« C’est parce que l’homme est un produit de la culture que, seul parmi les espèces animales, il pense avoir le droit de frapper ou de tuer des femmes dont il pense qu’elles sont à sa disposition. » Françoise Héritier.
Biologiquement, l’homme et la femme, « conjointement », c’est à dire ensemble, en harmonie, assurent la création, diversification, multiplication, protection, encadrement, de jeunes très longtemps immatures (néoténie) dans notre espèce, afin de les préparer à affronter les difficultés de la vie.

Culturellement, on est passé de l’hominisation à l’humanisation puis à l’humanisme. La chimie s’est intellectualisée ; la libération brutale d’hormones est devenue « le coup de foudre », les phéromones : la séduction, la copulation : l’amour....Le vocabulaire a donc considérablement changé, il s’est adapté et satisfait, j’en conviens, notre vision des rapports sensibles et affectifs humains. Jusqu’à présent, rien à redire, nous restons dans la dynamique impulsée par la biologie avec laquelle nous conservons, toute notre vie, le cordon ombilical.
Où les choses changent, c’est quand on aborde le fond et la forme du vocabulaire. La langue anglaise, souvent moins précise, fait une distinction qui n’existe pas chez nous, elle a dédoublé le mot amour en « like et love ».
Ceci me permet d’évoquer l’existence, dans cet humanisme originel, d’un déviationnisme qui a fait, hélas !, son chemin et qui, dans notre société actuelle, centrée sur le profit individuel, peut, si on ne réagit pas, devenir destructeur de notre civilisation ; beaucoup sont passés du love au like, de la femme aimée (love) à la femme aimée (like), c’est-à-dire celle qui devient « objet » capable d’assouvir des besoins qu’ils soient sensuels ou économiques d’ailleurs et que l’on peut supprimer quand elle n’est plus rentable. Ils « like better » leur voiture que leur femme ! Par la suite, elle peut devenir le moyen dont dispose l’homme pour faire un autre homme ! Cette violence a sans doute toujours existé mais nous y sommes plus sensibles. Malgré tout, depuis 1950, les chiffres parlent, ce phénomène subit une évolution croissante. Même s’il faut rester prudent pour en désigner les causes, on ne peut s’empêcher de faire un parallélisme entre cette augmentation et celle des critères de base de notre société.
Parmi les catalyseurs importants qui favorisent le passage à l’acte violent en général et conjugal en particulier, on peut citer le sentiments d’isolement, le manque de reconnaissance, l’égocentrisme, la consommation de drogues et d’alcool, les psychopathologies, autant de facteurs qui sont secrétés de plus en plus dans notre société. Citons le culte du plus grand, du plus beau, du plus riche, du plus puissant, du plus médiatique, de la meilleure réussite dans la vie professionnelle : la meilleure vente de disques, de livres, de tableaux, de voitures ; la meilleure clinique, le meilleur médecin, la meilleure école, la meilleure saucisse ! Le second dans les disciplines sportives est ignoré. L’éducation fabrique l’enfant roi, celui à qui on ne refuse rien pour qu’il soit le plus intelligent, le plus beau, le premier en classe, qui a la meilleure note....On en fait des aigris, des dépressifs, des tortionnaires dans les entreprises. Les médecins ne cherchent pas longtemps pour donner leur diagnostic :« Les malades mentaux sont de plus en plus nombreux » La violence est le comportement de celui ou celle qui a peur : peur devant l’évolution des normes de notre société, de l’incertitude de l’avenir, de ce qui va trop vite, de ne plus pouvoir être le premier et d’être rejeté, tout perdre donc ! Il est temps de changer !

« Heureusement, ultime espoir, c’est aussi, puisqu’il ne s’agit pas d’une « nature » contraignante de l’homme, une raison de croire en la possibilité d’un bouleversement radical de ces représentations archaïques infondées parvenues jusqu’à nous. Tout en protégeant le plus possible notre société, il nous appartient donc de réorienter notre culture. » Françoise Héritier.

- par Georges Vallet

Crédit photo : musees-aquitaine.com


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Votre commentaire



> Si la femme est l’avenir de l’homme, l’homme est un avenir incertain pour la femme !
10 février 2013, par Jean Paul Penot  

Merci Georges pour cet article nous incitant à prendre du recul. La vignette représentant la Vénus de Bassempouey, la plus ancienne représentation humaine, je crois, est bien choisie pour nous rappeler nos origines.

En écrivant :

"Si les causes directes sont parfois identifiées, les causes profondes, c’est-à-dire les vraies responsables, sont toujours très complexes"

vous montrez que votre analyse n’est pas aussi sommaire qu’Oscar le prétend. Il a cependant raison de dire que l’environnement familial et social est crucial. A-t-on suffisamment mis en lumière le rôle joué par le chômage dans la dépréciation de soi et l’exaspération ? Mesure-t-on bien l’effet dévastateur de la publicité, du consumérisme, de l’admiration vouée aux "people" ? La place faite dans les médias aux gens humbles, tournés vers les autres et admirables à bien des égards n’est pas grande.

Et il nous faut apprendre à nous garder de notre dangerosité potentielle. Il suffit de quelques secondes pour tuer une femme (ou un jeune homme). Et il faudrait beaucoup de temps et d’efforts pour qu’il y ait moins de tels meurtres. Lisons Françoise Héritier, écoutons Daniel Barembouin. Cette culture-là, il nous en faut plus, pas moins.

> Si la femme est l’avenir de l’homme, l’homme est un avenir incertain pour la femme !
4 février 2013, par Oscar du Pont  

J’ ai cherché mais je n’ai pas trouvé dans votre exposé, sans vraiment m’en étonner d’ailleurs, les mots éducation, famille, parents, responsabilité.

L’homo valletus est un être culturel transformé en hominidé déviant par l’économie de marché. Rien de bien nouveau donc. Les femmes ne semblent pas, en revanche, encore être touchées par cette régression.

M Vallet et on le comprend, ne doit pas passer assez de temps à lire les faits divers, hélas.

  • > Si la femme est l’avenir de l’homme, l’homme est un avenir incertain pour la femme !
    4 février 2013, par Georges Vallet  

    "les mots éducation, famille, parents, responsabilité."

    Encore une fois votre emportement vous entraine à passer à coté du sujet qu’on propose ; il n’avait rien à voir avec la loi qui vous obsède mais du constat d’une réalité qu’il est difficile, à moins de mauvaise foi, ce qui ne peut pas être,bien sûr, votre cas, de contester ;c’est justement en lisant les faits divers que l’on ne peut qu’arriver à ces conclusions là.

    Je vous signale que les jeux de mots sur le nom des gens, je sais les faire aussi, ce serait facile, c’est pour cela que je n’utilise pas cette formule. Un peu moins de railleries, un peu plus d’arguments à contester et ce sera bien.

  • "les mots éducation, famille, parents, responsabilité."
    4 février 2013, par Oscar du Pont  

    Je n’avais fait ni consciemment ni inconsciemment aucun rapprochement avec une "loi" sans rapport avec ce sujet, et je regrette que cette association vienne de vous. A chacun ses obsessions, donc. J’ai simplement mis en évidence pour la énième fois ce qui nous sépare, y compris si nous sommes d’accord sur le constat.

    Pour vous cette évolution misérable de la condition humaine (excessivement attribuée aux mâles, à mon modeste point de vue mais ce n’est pas l’essentiel) trouve ses fondements dans un "environnement" dont il n’est pas responsable. C’est la société qui le lui impose du fait de l’économie de marché, de la prééminence de la compétition et du profit. Mais pas l’insuffisance crasse de son éducation ni l’absence de ses parents (et en particulier du père) ni la désagrégation de la famille. Encore moins sa responsabilité personnelle.

    Je pense juste le contraire, voyez-vous, puisqu’il me faut souligner lourdement ce qui ne transparait semble-t-il pas derrière mes regrettables litotes.

  • > Si la femme est l’avenir de l’homme, l’homme est un avenir incertain pour la femme !
    10 février 2013, par pehache  
    Cher Oscar, dans l’article "Pau 2014 - Martine aux abonnés absents...", je crois n’avoir pas trouvé non plus les mots éducation, famille, parents, responsabilité : qu’attendez-vous pour aller y mener votre croisade ?

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