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Généalogie existentielle, ou comment vivre avec des cornes (en bois)

lundi 4 février 2013 par AK Pô


J’ignore qui est à la source de l’invention de l’eau chaude, mais c’est certainement un homme intelligent, que je remercie ici, bien que ne le connaissant pas personnellement (vous, peut-être ?) . C’est une invention qui a pour mérite d’être partagée par tous, par toutes, et quasiment partout. Cette magnanimité m’a ouvert des perspectives fondamentales, que, sans le savoir, j’ai tirées vers le haut, mélangeant en mauvais alchimiste la fonte des neiges et le plomb des robinets. De fait, très vite m’est apparue la nécessité d’une descendance benoist de la famille (UMP) ; et, de là, suivre la filière de la filiation comme une enquête à la Nestor Burma, m’allait. L’eau chaude coulait dans mes veines, au grand dam des truites de Montsouris (cf Léo Malet, « les rats de Montsouris »), perchées dans les catacombes. C’est ainsi que je découvris que la généalogie permet toujours à un singe de Salt Lake City de grappiller quelques noix en haut des cocotiers.

Je ne suis plus tout jeune. La preuve en est que je ne pratique plus la bicyclette, depuis que d’une part, elle a changé de nom, et que d’autre part, ma barbe se coinçant régulièrement dans les rayons, je ressemblais à une Isadora Duncan déglinguée, ce qui, finalement, n’est un mal que pour les généalogistes, qui se trompaient de cible, confondant mes longs poils avec sa blanche écharpe. Mais l’eau chaude, celle qui remplit les baignoires, par exemple, fut l’un des plus terribles combats de ma vie. Au début, un évier en grès, une bassine en zinc suffisaient à la plaisance d’un savonnage en règle. Mes grandes sœurs, ma mère, y allaient à tour de bras pour faire mousser l’eau, les vapeurs marseillaises montant dans la cuisine, dont les seules sources de chaleur, l’hiver, étaient la cuisinière à bois et le feu de cheminée. Sans parler de la vive animation qui emplissait la maison. L’hiver, il fallait se bouger. L’été, la mare et les ruisseaux suffisaient amplement à entretenir le teint d’un galopin en bonne santé. Les derniers souvenirs que je conserve de cette époque étaient les cris de ma mère, poussés du perron : « rentre vite, il va pleuvoir ! ».

Maintenant que ce préambule est achevé, (et BB n’acceptant que les textes liés au petit pays), je me dois d’entrer dans le vif du sujet, qui n’en n’est pas un. On ne perd pas ses mauvaises habitudes, quand on écrit des conneries, mais c’est exprès. Donc, voilà :

Mon nom de famille est Maysounnave, mon prénom Lucien. Vous trouverez dans l’annuaire des centaines de gens portant ce patronyme, qui correspondent certainement entre eux, en utilisant internet, forment tout aussi certainement une mafia qui sévit dans le monde entier, voire au-delà, utilisant des codes, pratiquant des rites et portant sur le crâne un couvre-chef (avec une plume) qui les identifie entre eux. Cependant, chacun a son histoire, qui lui est propre. Ainsi, pour se démarquer des autres Maysounnave, est-on tenté de rechercher des racines différentes, des traces de papiers jaunis et des signatures biffées à la plume d’oie par des curés et des bourgmestres d’antan, qui emportent le vent mais conservent la plume, ainsi verse-t-on dans le tronc familial le montant en espèces servant à recueillir les données historiques, ces perspectives fondamentales, tels des joueurs devant la roulette perdent ou gagnent, insistent et cassent la tirelire, le petit cochon rose en porcelaine offert jadis par la grand-mère qui, de son côté, a cassé sa pipe depuis des années (sans révéler l’endroit où elle avait planqué le magot).

J’ai passé beaucoup de temps à regarder les arbres, beaucoup de saisons à observer leur cycle, avec à chaque fois, un émerveillement de pivert. Passer sous les tilleuls de la place de Verdun quand ceux-ci sont en fleur, surprendre avant l’aube la danse du balayeur de feuilles mortes en automne, sans me lasser. D’où ma confiance envers les arbres et, en conséquence,envers les généalogistes. L’arbre familial, ses branches, ses ramifications, ses oiseaux, ses questions subsidiaires : qui suis-je, d’où vins-je, ou vais-je ? (encyclopédie Tout l’Univers, années 60). Bref, je remonte la filière. Archives et compagnie. Je découvre ainsi que des ancêtres se nommaient Maisonneuve, Casabonne, Bonnemaison, plus en amont d’autres, des Castel, Chateaudot, Chatelet, et là, une bifurcation singulière : un mariage, datant de 1778, unit les Chatelet aux Castelsarrazin. Le document est avéré par la Cour des Comtes en 1779. Or, je connais une famille de ce nom, qui possède un petit fortin dans le patelin où j’habite. Des gens de peu, dont nous rions, Angela et moi. Angela Maysounnave, mon épouse. Parfois, je me dis que l’invention de l’eau chaude est peut-être due à un membre de sa famille à elle, mais je ne lui en ai jamais fait part. Les Castelsarrazin, je le sais par diverses sources, voudraient bien racheter mon château, qui est un diamant architectural lové dans un écrin de verdure.

Nous utilisons le mépris contre l’envie, entre nos deux familles. Cela dure depuis trente ans. Sans parler de tous les Maysounnave de la région, qui se disputent la patrimonie de mon domaine : nains de jardins ! J’appartiens moi-même à la confrérie des M., et ces bisbilles me chagrinent et m’agacent. Je contacte donc, un soir, le site de Salt Lake City, afin d’obtenir un quitus définitif sur mes droits de propriété, avérés par des éléments aussi irréfutables qu’un éléphant de Vialatte.

Au bout de quelques jours, j’apprends que le mariage de 1778 laisse pour seul héritier un certain Vladimir P,, fruit des amours incestueuses d’un Castelsarrazin (Jean Baptiste) et d’une Douma monophasée (Dimitri M.) dans un relais de poste sis à Brest Litovsk,(on voyageait beaucoup, au siècle des Lumières), lieu stratégique qui verra plus tard un certain GD dérailler sans boogie woogie ni prière du soir pour les pussy griotes (Poètesses musiciennes originaires d’Afrique Moscovite) . J’apprends que l’analyse complète de la situation me coûtera 5000 $ US, que copie en a été adressée au sieur Jérôme Castelsarrazin, dernier héritier en date connu et encore vivant, et, une semaine plus tard, un courrier de l’huissier, cabinet Katrina, New Orleans, Louisiane, que j’ai un mois pour décamper, avec ou sans armes et/ni bagages.

J’ignore qui est à la source de l’invention de l’eau chaude, mais c’est certainement un homme diabolique, bien que ne le connaissant pas personnellement (vous, peut-être ?). Tout ce que j’en sais, c’est qu’une secte(*) a rassemblé suffisamment de moyens, de pressions et de capacités juridiques et financières pour récupérer tous les pactoles. Une vraie cafetière, note et café : salés.

AK Pô

25 01 13

(*) parmi tant d’autres, originaires des States et d’Europe, qui ont essaimé dans le monde entier, prêchant la même foi en l’Or,et dont les devises sont : In Gold we trust, Gold save the Queen, Gold Mitchett, etc...


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Votre commentaire



> Généalogie existentielle, ou comment vivre avec des cornes (en bois)
4 février 2013, par Oscar du Pont  

J’attends avec impatience que vous nous entreteniez sur les ravages considérables que le ciel nous réserve, du fait de l’existence désormais avérée, du Cloud.

Bien pire qu’un lac salé.

  • > Généalogie existentielle, ou comment vivre avec des cornes (en bois)
    4 février 2013, par AK Pô  
    Les minets de Sotha

    Un aller retour à Saint Cloud et je suis à vous pour vous entretenir des ravages causés par les cinquièmes roues de carrosse -qui vont en colonnes- dans les cambrouses béarnaises. Le temps de trouver un billet d’avion (low coast) sur la ligne Pau-Minneapolis, de traverser le Mississipi, acheter des godasses en croco... Un peu de patience, donc.Vous en avez. smiley

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