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Les infos, les manies, les infomaniaques et les canapés-lits.

lundi 28 janvier 2013 par AK Pô


La meilleure façon de ne rien y comprendre, en une leçon (20 janvier), magistrale et courte : les actus au présent.

Lucien est bien installé dans son canapé, et pour éviter le bruit de la pluie qui ne cesse de tomber sur les ardoises, il monte le son de la télé. Il apprend ainsi qu’une guerre est en route dans un pays situé à l’une des portes sud (gate 26) du désert saharien, embarquement immédiat, les passagers sont priés de présenter leur billet, leur passeport et de passer au scanner leur bagage à main. Les agents de surveillance sont, dans ces moments de haute actualité, des journalistes-présentateurs-commentateurs, qui scrutent avec vigilance la virtuelle information à grands discours, leurs mains voltigeant tels des ventilateurs idéologiques sur la raison d’Etat.

L’écran est rempli de vilains barbus armés jusqu’aux dents, et une voix off traduit, sur un ton qui ne prête pas à confusion ; l’heure est grave. Ainsi Lucien subit-il le verbiage simultané du discoureur et du traducteur, dans sa version tradutore traditore, ou du moins dans le langage imagé d’un esprit malade que toute folie guerrière porte en bouche, avec son goût de sang : « nous avons pris des otages parce qu’un serval a pissé sur le paillasson de la maison de mon copain Khad HiFi, et que ça pue. Donc, nous nous vengerons, sèmerons la terreur le crime et la barbarie jusque dans l’ombre des figuiers, les jardins, l’odeur du jasmin. Car nous sommes élus par le fond des puits divins, pas celui des urnes ».

Tout cela se déroule à l’écran accompagné par un diaporama et une animation 3D en continu, servis en open space-space sur toutes les chaînes (Lucien en fait l’expérience, malgré sa zapette qui mitraille le petit point rouge lumineux en bas à droite du poste -pourquoi est-ce toujours à droite ?- (ici, le prochain sondage d’A&P : les zapettes sont-elles de droite, de gauche, du centre, du Mont Valérie(n) -162m- ou du mont saint Clair (Sète) -183m-), une succession de tuyaux -on se croirait à Lacq en été-, des fenêtres verrouillées par des entrelacs de fer forgé, une ruelle de campement désert -on se croirait au camp de Gurs juste avant son inauguration en 1939(*)-, jusqu’à l’apparition, (que serait-on sans eux ?), des experts de ceci ( le Moyen Orient, le Maghreb...), de cela (les consultants en matière militaire, les enseignants spécialistes de stratégie militaire du ceci, les prospecteurs conséquentiels du pourquoi comment), qui viennent résumer une situation dont ils ne possèdent aucune donnée, ou une donnée fine comme du papier à cigarette, qui extrapolent et vulgarisent une réalité dont ceux qui la connaissent n’en laissent pas une fibule partir en fumée. Secret défense. Opérations en cours. Capitaine Josette, tu vas à la com : optimiste, la com, hein ! Avec les terroristes, faut faire exploser les mentalités, redorer notre armée, exposer nos beaux Rafale invendables, nos Mirage qui s’accordent si bien aux couchers de soleil sur Bamako .

Lucien intercepte quelques nouvelles annexes : le roi Renault part en guerre lui aussi, 7500 morts programmés pour 2016, mais pas de boucherie : un vrai remake de soleil vert, que le Lion de Sochaux s’apprête également à mettre en musique. Montebourg apprend l’accordéon, si l’Allemagne s’en sort économiquement mieux, cela est dû au fait qu’elle a moins de jeunesse (déficit démographique) que la France, donc moins de frais inhérents (éducation, logement, études, pris en charge par les parents, obligés de fumer des pétards pour se remonter le moral, etc). Un sondage BVA, ou dix autres, révèle que les français préfèrent manger des nouilles plutôt que des pâtes. Sport : deux morts sont à déplorer, Jeannine et Vincent s’entraînaient pour le prochain concours de trampoline qu’organise TF1 (100 000 euros pour le couple vainqueur) : ils sont morts dans leur lit, transpercés par les ressorts du sommier.

A un moment, investi de toute sa lucidité de spectateur, Lucien dégoupille une canette de bière. Puis, la terreur télégénique opérant, il balance ses grenades (vidées) sur tout ce qui ressemble à la vraie vie. Heureusement, il n’a ni femme ni enfant à la maison ce soir, juste un crédit bancaire, qui ressemble à sa mère, de loin. Sa zapette est tombée sur la table basse qui lui sert d’oasis, d’observatoire de l’actualité, qui lorgne sa longue feignasserie sans en rebrousser le poil, la poésie des troisièmes mi-temps de ce petit pays, racontent les chaussettes, les crampons feront un stade mais les hommes fouleront la misère engazonnée, c’est le nouveau projet machiste, celui qui fédère festoyeurs et contadins,courtise ses entremetteurs, botte en touche ses entourloupes, ses transversales politiques, l’or du petit pays partagé en Sabots, en Barattes, l’aubaine consacrée par un grand stade, payé par les dons élégants des va-nu-pieds en rangs serrés, qui viendront nourrir ensuite le chiffre d’affaire, cette belle sorcellerie de l’Arnaque. Réductions tarifaires pour les groupes. Gratuité pour les maliens, s’ils mesurent moins d’un mètre vingt à l’ombre du plein midi (13h temps universel, sous l’Equateur).

Ensuite, Jenny rentre,(heureusement, Lucien n’a pas de femme, juste un crédit pas très chrétien, dit sa mère) Lucien chasse le serval de ses genoux. Il fait beau, un peu frais. Jenny sait qu’une guerre a éclaté, par là-bas en bas des escaliers et demain chez toi, surtout si tu n’es pas là pour défendre mes arrières, dit Jenny. Et Lucien la toise, mais ne saisit pas exactement la pointe d’ironie, ni le téton joyeux que Jenny en se déshabillant laisse poindre. C’est vrai. Jusqu’à présent, et depuis qu’ils se connaissent, Lucien n’avait jamais spécialement remarqué la courbe ronde de la poitrine de Jenny, lui préférant celle des fesses.

A-t-elle une poitrine, d’ailleurs ? Lucien se souvient vaguement qu’il a embrassé Jenny dans un café du Marais, un soir. Salsa Montego. Paysage urbain. Puis, dans la nuit qui arrondit les formes, projette les silences contre les trajectoires de quatre murs tapissés, ils ont fait l’amour, expression aussi con que sacrée. Ils ont baisé, pris du plaisir. Lucien dit : « je me sens un peu perdu, avec tous ces événements, mais je suis heureux de ne plus me sentir désinformé ; c’est le passeport transparent, le laisser-passer de la liberté de conscience et je meurs d’envie de chatouiller les pieds de toutes les crevures qui pourrissent la planète. »

Jenny prend le serval dans ses bras, le caresse tendrement, le brosse, tout en regardant fixement Lucien dans les yeux. « c’est toujours d’actualité, notre mariage, mon petit Lulu ? » questionne-t-elle. « Faudra sans doute attendre le cessez-le-feu au Mali, et ce n’est pas demain la veille, m’est avis, » « on attendra, De toute manière, notre marque de fabrique date de l’Antiquité, et jusqu’ici, nous avons gagné pas mal de guerres, survécu aux persécutions, mais c’est quand même marrant de voir que ce qui fait désormais barrage, c’est une simple biffure sur un papier officiel. » « les traités de paix se signent à l’encre rouge, mais les lois égalitaires broient toujours du noir avant de voir le jour. Nous sommes devenus si transparents, si habituels, que ces bagarres idéologiques ne sont que le témoignage d’un monde en stagnation. Un monde qui engendre encore ses guerres pseudo-religieuses, stupides et barbares. Un monde versé dans l’inutilité, la confusion, l’oubli de vivre, quand vivre n’a pour but que de reproduire l’inexistant. La richesse des sentiments, produit de contrebande. La Richesse, fruit de l’Humanité : à quel prix ? »

« Lucien, tu devrais me faire un enfant. »

« je t’en ferais cent »

« tu exagères ! »

« oui ; comme tout le monde. »

par AK Pô

20 01 13

http://blog.slateafrique.com/maligraphe/2012/10/20/quand-le-mali-aimait-follement-kadhafi/

(*) cf Martine Cheniaux, "le camp de Gurs", ed cercle historique de l’Arribère


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