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Le couple Algérie France

lundi 21 janvier 2013 par Jeanzy


A l’heure où la France et l’Algérie tentent de renouer avec le passé, il parait intéressant d’effectuer un bilan réel basé sur l’histoire de ce siècle et demi. Un de mes ancêtres béarnais parti avec femme et enfants, a fait comme tant d’autres cette conquête de l’impossible. Qu’il serait fier aujourd’hui de se retourner sur son passé et découvrir ce qu’est devenue la friche qu’il avait laissée.

En 1830, une vaste zone de la Mitidja n’était pas peuplée, le paludisme et le choléra régnaient en maîtres. Elle ne comprenait pour toutes voies de communication que de rares sentiers qui se frayaient un chemin dans les broussailles. Vivaient à sa périphérie, des tribus parmi lesquelles la tribu guerrière des Hadjouties. Ces dernieres, se révélèrent redoutables pour les soldats français et pour les colons, profitant de leur position pour vivre aux dépens des tribus avoisinantes. Le contraste entre le départ de la Métropole, avec des cérémonies orchestrées par le gouvernement qui engendraient l’enthousiasme, et l’arrivée sur les lieux des colons, pouvait abattre le moral des plus optimistes.
Le 19 septembre 1848 une loi prévoit la création en Algérie de 42 colonies agricoles, cette loi relève plus de la volonté de résoudre des problèmes intérieurs que de la volonté de créer de nouveaux aménagements en Algérie. Ce programme entrepris dans là plus grande précipitation se réalisa aussi dans la plus grande confusion : le voyage des émigrants était organisé dans des conditions épouvantables. Aucune infrastructure n’était prête à l’arrivée des nouveaux colons, le pays était souvent insalubre, il manquait d’eau potable, la sécurité n’était pas toujours assurée, les décisions administratives n’arrivaient pas...
Les premiers colons quittèrent Paris le 19 novembre 1848, soit deux mois jour pour jour après la promulgation de la loi, et arrivèrent à Marengo le 19 décembre après un mois de voyage harassant. Commençait alors une longue et tragique lutte pour la survie, lutte qui ne prit fin vraiment que 78 ans plus tard avec l’assèchement du lac Halloula. Les conditions d’accueil étaient épouvantables : deux baraques ont pu être montées par l’armée. On y entasse les femmes, très nombreuses, et les enfants.
Les hommes doivent coucher sous la tente sur des jonchées de diss ou de palmiers nains. L’eau potable est si rare que les familles se la disputent. Très vite les maladies apparaissent, d’autant plus facilement que les conditions minimales d’hygiène ne peuvent être observées. La première année le taux de mortalité effrayant atteignait 23,4 %, le quart de la population !
Ce taux est d’autant plus effarant qu’il concerne une population d’âge moyen très bas, comprenant peu de personnes âgées.
Le problème le plus important, celui de l’insalubrité, restait entier. De nombreuses tentatives d’assèchement de la région sont faites avec peu ou pas de résultats : percement de la couche imperméable du sol, détournement d’oueds, construction de drains énormes,...

Ceux qui traversent aujourd’hui cette merveilleuse plaine, au milieu des vignobles et des orangeraies, songent-ils parfois à ce qu’elle était un peu plus d’un siècle auparavant ? Ont-ils une pensée émue pour ces pionniers qui venaient chercher là, sinon la fortune, du moins une vie plus facile et qui ne trouvèrent que peine, maladie et mort ?
Un de mes ancêtres a quitté son Béarn natal vers 1848, en espérant trouver pour sa famille une terre et une vie plus faciles. Hélas, comme lui, de nombreux colons trouvèrent de Boufarik à Marengo une terre de désolation, de souffrance et de mort. Joseph mourut à l’hôpital de Marengo le 10 novembre 1858 à l’âge de 56 ans.
Les drames, les souffrances et les deuils que connurent les premiers pionniers, présidèrent également à la création de la plupart des colonies agricoles.

Quel contraste avec le pays "clé en main" que la France a laissé en 1962. Les excuses ou les repentances de la France dont il est question aujourd’hui, paraissent totalement dérisoires. Et il ne serait pas incongru que les livres d’histoire algériens, avec l’aide bénéfique du temps, enseignent un jour la notion que les politiques locaux cultiveront peut-être plus tard, le devoir de mémoire.


- par Jean Cluchague


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> Le couple Algérie France
21 janvier 2013, par Jack Fagot-Barraly  

Je reconnais bien ,dans votre récit celui de mes aïeux arrivés dans les mêmes conditions que les votres .Ils n’ont pas "atterris "dans la Mitidja où comme vous le dites un travail enorme a été réalisé . Non ils sont arrivés dans les Hauts plateaux a 200 kms au sud d’Alger a 1.100mts d’altitude .Hivers trés froids étés assez chauds Les terres étaient arides ,difficile a cultiver ,d’où de rendements de misere .Mon arriere grand’pere paternel est décédé d’une insolation ,laissant une veuve et 4 garçons .L’ainé avait 14 ans le dernier 5 ans . C’est l’ainé qui a pris la famille en charge Nous avons quitté ce village :Letourneux Derrag en Arabe en y laissant une école ,des bâtiments publics mairie ,dispensaire poste telephone et tant de souvenirs .Je suis retourné en 1.980 dans mon village avec mon épouse et deux de mes enfants .L’accueil a été trés enthousiaste et que de souvenirs évoqués ...de regrets aussi . Mais c’est ainsi, c’est la vie et le temps qui efface tout n’efface pas les souvenirs !!

  • > Le couple Algérie France
    22 janvier 2013, par JC  
    Ce sont peut-être des tribunes comme celles que nous offrent Alt.Paloises, qui permettront de mieux faire connaitre les efforts et les souffances des véritables fondateurs de l’Algérie. Ces colons ont fait gagner 1 siècle de civilisation et de confort à une population aujourd’hui libre, contre le gré de la France certes, mais seul le résultat compte et c’est ce qu’en retiendra l’histoire.

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