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Je ne discute jamais politique avec des gens qui ne font pas eux mêmes leurs confitures

lundi 21 janvier 2013 par Eric Thuillier


Je ne sais plus dans quel méandre de méditation est né ce titre. Venu d’abord il appelait un texte pour le porter. Je m’emploie à l’instant sous vos yeux à lui donner ce support.

Procédons avec méthode afin que la riche matière que semble receler, à première vue, le titre de ce futur texte ne nous échappe comme savonnette mouillée. Voyons les premiers mots. Ce « moi, personnellement, je » entendu souvent et dont le souvenir le plus précis que j’en ai concerne Michel Rocard, un des rares hommes politiques auquel je pardonne l’impuissance (je le dis en passant car l’occasion de citer ce nom se raréfie et le texte à venir n’a pas, pour l’instant, pris une orientation incompatible avec cet écart). Lorsqu’il était premier ministre, interrogé dans l’avion qui le ramenait de Nouvelle Calédonie sur la démarche qui l’avait conduit à régler un problème difficile, il avait précisé qu’il avait, lui même, personnellement, appelé le chef de l’opposition, avec un ton de conviction qui laissait penser qu’il ne parlait pas seulement d’un entretien personnel avec le chef en question, Jacques Chirac à l’époque, mais d’une action sur le cadran du téléphone en vue de composer lui même personnellement le numéro. 

Entendu trop vite ce « Moi personnellement je » semble une affirmation exagérée de soi. En réalité, il s’agit de souligner l’étroitesse de ce moi, d’en signifier la nature parcellaire et de désigner implicitement un moi non personnel bien plus étendu.

Cette petitesse du moi personnel, exprimée d’une manière qui semble dire le contraire, est une vérité indiscutable. C’est tout le talent de la vérité, se cacher dans les plis d’une expression qui n’a pas l’air de la contenir. Que l’on retranche de n’importe quel moi ce qui est commun aux autres, même en opérant progressivement, doucement, en commençant par les cheveux, puis par les pieds, les bras, les jambes, l’ouïe, le toucher, l’estomac, le langage et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il ne reste plus que ce qui compose le moi personnel, il ne reste rien. Pas rien, mais rien qui puisse être perçu. Et pourtant ce rien est essentiel, sans lui on ne pourrait pas vivre. On ne peut vivre sans rien. Ce qu’ignorent bien des gens qui se prennent pour eux mêmes, qui s’imaginent que le nom qu’ils portent est fait pour les différencier alors que sa seule fonction est d’empêcher de les confondre avec un autre.

Allons le texte, du calme, ne tire pas la philosophie par les cheveux pour la traîner dans cette antre de pure foutaise. Allons je te prie, retiens cet argumentaire : ce rien essentiel est caché partout dans le langage, en le grattant au hasard on court le risque de le rencontrer tôt ou tard. Il est presque introuvable, en particulier pour ceux qui, le flanc battu par une caisse pleine d’outils, partent à sa recherche. Alerté par le bruit de ferraille, le rien s’esquive aussi sûrement que le cambrioleur prévenu par la sirène de la police. C’est quand il est sans méfiance, au détour d’un chemin, qu’il est possible de le surprendre et c’est la raison pour laquelle, courant sans but sur le langage, on le rencontre parfois, ainsi qu’un jeune chevreuil dont la jolie tète émergeait à peine des hautes herbes, à six pas de moi, un de ces derniers jours alors que se dévoilait à moi, en marchant, le sens de ce titre. Surpris et intéressé à la fois, il m’a observé un long moment, moi personnellement pétrifié par cette vision, le cœur au bord des lèvres et anticipant une progression lente vers lui qui accepterait mes caresses. J’ai avancé, il est parti sans hâte, en faisant des bonds au dessus des herbes d’une grâce inouïe accentuée par la lenteur. Le rien c’est pareil, c’est quelques secondes de temps en temps.

Le format convenable d’une chronique ne permet pas d’aller plus loin dans le décryptage de ce titre. C’est dommage, les flammèches qui naissent ici et là sur ce fagot de sens me font pressentir des choses qui, sans avoir la profondeur de ce qu’on vient de lire, seraient de plus vaste étendue et de grande portée pratique. Si bien que comparativement cette première partie ne serait rien si la suivante était écrite.

Pourquoi ne pas continuer cette exploration lors de prochaines séquences s’interroge un lecteur ? Parce qu’entre temps d’autres titres ont surgis qui me requièrent avec insistance et m’éloignent de celui ci, déjà usé, déjà trop vieux. Pour vous convaincre que je ne fais pas de chichis, en voici deux tirés au hasard de ma besace. « Contrairement à une idée peu répandue, les personnes qui se font installer des serrures trois points ne sont pas toutes membres de la franc maçonnerie » et « De quelques aspects du style néo-nunuche ».
Je crains toutefois qu’ils soient à leur tour dépassés par de nouveaux venus et ne peux vous promettre formellement de vous entretenir de ces sujets.
 

- par Eric Thuiller


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Votre commentaire



> Je ne discute jamais politique avec des gens qui ne font pas eux mêmes leurs confitures
22 janvier 2013, par Oscar du Pont  

Quel plaisir, quel talent, quelle plume !

> Je ne discute jamais politique avec des gens qui ne font pas eux mêmes leurs confitures
21 janvier 2013, par Eric Thuiller  

Juste un détail. Le titre complet était « Moi, personnellement, je ne discute.. etc ». Comme ce sont les premiers mots du titre qui donne sa cohérence au texte, il vaut mieux les avoir sous les yeux avant de commencer. Aucun reproche, c’est pas grave, surtout quand je vois à quelle heure part la newsletter...

   
 
 
 
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