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L’empathie, une politique de civilisation.

lundi 3 décembre 2012 par Georges Vallet



-  La France a livré à l’Asie, en 2011, pour 6,5 milliards d’euros d’armement, 27 % de plus qu’en 2010 ; un détail, à côté des USA dont le Président a reçu le prix Nobel de la paix en 2009 ! La Chine, le Brésil, l’Afrique du S, l’Inde veulent devenir de grands exportateurs. La Corée du S affiche un objectif de vente de 3 milliards d’euros. Le ministre français souligne l’importance des ventes d’armes pour l’industrie : 16 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 165000 emplois. D’après la République des Pyrénées du 22novembre. La prospérité économique des uns nécessite donc, en partie, la mort des autres.


-  On estime à 3 ou 4000 le nombre de traders en France. La spéculation et la vente d’armes : des solutions contre le chômage !

-  Ajoutons la violence généralisée, particulièrement celle faite aux femmes, le constat lamentable de la gestion politico-socio-économique de l’Europe, la tragi-comédie de ceux qui, soi-disant, mettent l’intérêt de la France avant leur propre carrière !! On peut alors, sans contestation possible, affirmer que :
L’empathie est vraiment un chef d’œuvre en péril.

L’empathie est la capacité à ressentir et comprendre les émotions d’autrui.
Pour le primatologue Franz de Waal, l’empathie, déjà présente chez de nombreux animaux, est l’un des fondements de la morale.
A partir de nombreuses observations sur les chimpanzés, les bonobos, les singes capucins, ainsi que sur les dauphins et les éléphants, il constate que de nombreux animaux sont prédisposés à prendre soin les uns des autres, à s’entraider et, dans certains cas, à se mobiliser pour sauver la vie des autres. Bref la possibilité d’empathie n’est pas comme on le croyait jusqu’alors le propre de l’homme !
Le comportement individualiste, égoïste, l’esprit excessif de compétition, souvent jugés comme instinctifs et conformes aux théories de l’évolution, sont dans le livre de Franz de Wall, magistralement remis en cause. « L’âge de l’empathie » est d’une brûlante actualité. Face à une société en grave déficit d’empathie et de compassion, il tire la sonnette d’alarme.
Des découvertes récentes en neurologie et en développement de l’enfant ont permis d’identifier des « neurones empathiques » qui permettent aux êtres humains et à d’autres espèces de ressentir et d’éprouver la situation d’un autre être, comme si elle était la leur propre. Comme nous sommes, semble-t-il, les plus sociaux des animaux, L’Homme ne serait donc pas en cause, mais la politique menée !
Dans son Histoire de l’empathie, Jacques Hochmann, psychiatre et psychanalyste, constate que le terme est assez récent, comme son « contenu » peut-être ! « Einfühlung », signifierait « ressenti de l’intérieur », il daterait de 1873. L’anglais empathy apparaît en 1909. Anglais et Allemands connaissent donc ce mot depuis plus longtemps que nous ! Son application n’a pas été évidente !
Quant au français empathie, il apparaît vers 1960. Certes, les philosophes des Lumières (Hume, Rousseau), puis l’économiste Adam Smith avaient utilisé le mot « sympathie ». Ce n’est pas tout à fait identique mais c’est un partage d’émotions communes entre personnes, l’empathie étant plus objective.
En 1871, dans « La descendance de l’homme », Darwin consacre quelques chapitres à l’homme et à son évolution. Que dit-il ?
Que la sélection naturelle sélectionne aussi des instincts, dont les instincts sociaux, qui s’accompagnent du sentiment de « sympathie ». Cette tendance évolutive est appelée civilisation. C’est la naissance de l’éthique. La sélection naturelle sélectionne, au niveau d’une société, ce qui s’oppose à la sélection individuelle.
Pour comprendre la progression de ses réflexions, il faut partir de la sélection naturelle qui n’est pas, comme on veut le faire croire, « la loi du plus fort est toujours la meilleure » cela, c’est La Fontaine ! Pour Darwin, elle retient celui qui est le mieux adapté à son environnement : c’est parfois le plus fort mais aussi le moins fort qui court le plus vite, le plus malin, le plus convaincant pour les femelles, etc. Les dinosaures ont disparu, pas les mouches !
Qui est celui qui ? Pour Darwin, il s’agissait d’individus portant des variations ayant un avantage sélectif sur ses congénères, soit parce qu’il échappent mieux aux prédateurs soit, ayant une meilleure santé, ils peuvent se reproduire plus longtemps, soit ils sont porteurs d’un caractère plus attirant pour le sexe opposé.
Par la suite, des chercheurs-penseurs, comme Stephen Jay Gould, Edward O. Wilson et Denis Buican, à la lumière des avancées de la connaissance, ont proposé une actualisation.
La sélection naturelle porte sur toutes les structures hiérarchiques qui composent le vivant et non sur l’individu seulement : atomes, molécules, tissus....individus, famille, villes, pays, fédérations, sociétés, civilisations.....
Par exemple, il faut faire la distinction entre les espèces dont les individus vivent en solitaires et celles qui ont une vie sociale.
Pour les espèces solitaires, la sélection se fait au niveau de l’individu ; la lutte pour la vie passe par l’aptitude à manger sans être mangé et se reproduire. C’est un combat permanent où le plus adapté est celui qui se reproduit le plus, le plus fort, le plus malin, etc.
Pour les espèces sociales, donc, entre autres, l’espèce humaine, la vie en société constitue un niveau hiérarchique supérieur, beaucoup plus complexe que la vie solitaire. A ce moment là, la sélection naturelle agit sur la société ; c’est la société la mieux adaptée qui va survivre.
Pour qu’une société soit forte, donc pour résister à la sélection naturelle, il faut qu’elle soit solidaire, cohérente,etc. Des sociétés animales ont parfaitement réussi, dans tout le règne animal, citons les sociétés d’insectes par exemple, mais pensons aussi à une équipe de rugby, une entreprise...
L’individualisme, le culte de la réussite du plus fort du plus beau, du plus riche, etc., le chômage, la pauvreté, les luttes intestines, les compétitions économiques, le triste spectacle de notre vie politicienne, des rivalités européennes, etc., constituent autant d’exemples qui résultent du libéralisme et néolibéralisme, fidèles copies du darwinisme social qui n’a rien à voir avec le darwinisme ; il démolit la structure sociale et ramène l’homme des millions d’années en arrière, au niveau des espèces solitaires. C’est une doctrine du XIXème siècle qui préconise la levée des mesures de protection sociale, l’abolition des lois sur les pauvres ou l’abandon des conduites charitables qui font obstacle à l’élimination des moins aptes et à la survie des plus aptes, soit l’inverse des préconisations. Herbert Spencer, a été un des idéologues qui a favorisé le développement des théories eugénistes. La politique européenne et mondiale actuelle est très Spencer-compatible. De son vivant, Charles Darwin s’y était opposé avec vigueur.
Cette opposition est partagée largement aujourd’hui. Pour Jérémy Rifkin, l’empathie est la source des civilisations humaines et la condition de sa survie. « Il faut passer de l’âge de la foi et de l’âge de la raison à l’âge de l’empathie »

« L’empathie est le seul choix possible contre la barbarie »
Serge Tisseron, directeur de recherche à Nanterre.

- par Georges Vallet

Crédit photo : terresacree.com


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