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Pour un “Conseil des Elus du Béarn et de la Bigorre” : une touche historique

lundi 12 novembre 2012 par Jean Lafitte


Les recueils de dictons populaires sont pleins de formules ironiques, voire péjoratives, à l’égard des habitants du village voisin, ou même de la région d’à côté. Il faut dire que jadis, en des temps dits d’oppression, le « politiquement correct » n’avait pas été inventé, et user de ces dictons n’exposait pas à la correctionnelle ; tout au plus à des rixes de sorties de bal, qui ne manquent pas davantage aujourd’hui.

Ainsi, les Bigourdans faisaient rimer « Biarnés » avec « faus e courtés », faux et courtois, ce qui leur attirait la réponse « Bigourdâ, piri que câ », pire que chien. Mais comme l’a écrit le regretté Pierre Palay, petit-fils du grand Simin, dans un très beau poème sublimement mis en musique et interprété par sa fille Anne-Marie, depuis, Mme Fautoux :

« Piri que câ » « Faus e courtés »,
Aco qu’ey mandragore
De la gén de dehore.
... c’est de la mandragore (plante aux propriétés hallucinogènes) des étrangers (Qu’em biarnés, Reclams n° 34, 1985, p. 38)
Béarnais de l’Est issu d’une famille venue de Bigorre, le poète écrivait donc :
Alabéts qu’em gascoûs, ............. Alors, nous sommes
Gascons Per toustém amourous .. Pour toujours amoureux
De la tèrre mayrane, ................. De la terre maternelle,
Biarnése e bigourdane,... ........... Béarnaise et Bigourdane,...

La frontière ridicule qui sépare le Béarn de la Bigorre et les place dans deux régions administratives différentes n’est qu’un héritage de l’histoire féodale : les mariages et partages successoraux ont ainsi tantôt uni, tantôt séparé ces deux terres qui parlaient la même langue gasconne, La léngue soubirane, / Biarnése e bigourdane (1), la langue souveraine, béarnaise et bigourdane, poursuivait Pierre Palay.

La Bigorre devint comté et le Béarn vicomté au IXe s. Or Centulle V dit le Jeune, vicomte de Béarn en 1058, épousa en secondes noces, en 1079, Béatrix, comtesse de Bigorre depuis 1077, et devint Centulle Ier comte de Bigorre ; mais il fut assassiné en 1090. Béatrix s’associa alors son propre fils Bernard, qui lui succéda comme comte de la seule Bigorre. Par ailleurs, Centulle V avait eu de sa première épouse un fils Gaston, qu’il maria vers 1085 avec Talèse, fille du roi d’Aragon Sanche-Ramirez et vicomtesse de Montaner, plaçant le Montanérès dans la mouvance du Béarn. À sa mort en 1090, ce fils devenait Gaston IV de Béarn, dit le Croisé.

Un siècle s’écoule, puis Béarn et Bigorre vont à nouveau se trouver dans la même main pendant vingt ans, du mariage de Pétronille de Bigorre avec Gaston VI de Béarn en 1195 à la mort de ce dernier en 1214. C’en était fini de l’union féodale, et en 1292, en vertu de droits de sa femme Jeanne de Navarre sur la Bigorre, le roi de France Philippe le Bel en fit prononcer le séquestre par le Parlement et la fit administrer par un sénéchal.

Les féodalités modernes empêcheront-elles encore ces deux terres de s’unir ?

De ces unions féodales épisodiques, il reste aux archives de Béarn, devenues celles des Pyrénées-Atlantiques, de nombreux documents intéressant la seule Bigorre, dont son fameux Cartulaire récemment édité par le Pr. Xavier Ravier.

- par Jean Lafitte
8 novembre 2012

(1) Note facultative - Il n’y a que peu de différences entre le gascon de Bigorre et celui de Béarn, nommé béarnais depuis 1533. La plus sensible est sans doute la conservation par le premier d’une prononciation en [w] très vraisemblablement issue du latin parlé tardif, que le béarnais a remplacée par [b] à partir du XVe s., mais qui s’entendait encore naguère au nord-est du Vic-Bilh : par ex. : que cantaui [kantawi] / que cantabi, je chantais ; nauante / nabante, quatre-vingt-dix.

Crédit photo : http://fr.wikipedia.org/


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> Pour un “Conseil des Elus du Béarn et de la Bigorre” : une touche historique
2 décembre 2012, par le coq  
il faut "marier" Copé à Fillon...

Belle page d’histoire sur la région, une de plus ....mais la preuve aussi d’une entente basée sur les mariages hors toute considération des avis locaux. La démocratie n’existe pas. Cela ne vous rappelle rien ? Sommes-nous plus tolérants aujourd’hui ? Pourtant notre connaissance est approfondie ? NON,pour preuve la guerre des chefs de tous bords et sectes, des élus du "titre", je veux dire qu’on ne fait pas ou si peu de différence entre un élu sur un mouchoir de poche ou celui sur un drap de lit, qu’ils ont les mêmes obligations sans les moyens (maire par exemple). Ceci concrètement explique aussi la lutte fratricide à l’UMP en ce moment, sans consultation des citoyens...les "chefs" détiennent la vérité féodale. Alors tant qu’il y aura du fourrage pour les engraisser ils ne changeront rien par intérêt personnel. Les duels n’existant plus, je pense que la solution serait de "marier" Fillon à Copé dès la nouvelle loi promulguée, égalité par le mariage car "le pax" ne peut suffire. L’histoire en cravate se poursuit comme celle des "queuetars". Bonne digestion et prouvez-le dès la prochaine élection.

> Pour un “Conseil des Elus du Béarn et de la Bigorre” : une touche historique
16 novembre 2012, par Larouture  

J’apprécie les références à l’histoire. Elle nous conduit plus qu’on ne le pense.

Mais proposeriez-vous de remodeler la limite Nord du nouveau département Béarn-Bigorre ?

C’est-à-dire rendre à la Chalosse et donc au département des Landes, Orthez ainsi que Sault de Navailles et les communes de l’ancien archiprêtré des deux Luy, ou encore la région d’Arzacq ?

Ou alors intègreriez vous au nouvel ensemble, la Gascogne originelle autour de Saint-Sever et de son abbaye ?

  • > Pour un “Conseil des Elus du Béarn et de la Bigorre” : une touche historique
    30 novembre 2012, par Emmanuel Pène  

    On n’en est plus à ces découpages minutieux qui ne se feront jamais. La seule chose envisageable est un regroupement différent des entités actuelles, avec la possibilité un jour de la création d’un département basque. Le sud des Landes est évidemment proche de Pau et Tarbes, mais dans un premier temps, le rapprochement doit se faire entre Bearn et Hautes Pyrénées. C’est l’intérêt de nos deux pays..

    S’il devait y avoir une nouvelle région toutefois, je verrais bien, comme je l’ai écris auparavant une région "Adour Pyrénées" regroupant Pays basque, Bearn, Bigorre, et éventuellement Landes et Gers

  • > Pour un “Conseil des Elus du Béarn et de la Bigorre” : une touche historique
    1 décembre 2012, par Autochtone palois  
    Alors que, pour toute personne sensée, les départements issus de la Révolution, justifiés à l’époque, doivent disparaître, certains régionalistes forcenés voudraient en rajouter. Les occitanistes comme les béarnistes seraient parfaitement satisfaits, en suivant la démarche basque, qu’apparaissent une frontière qui corresponde à leur imaginaire Occitanie. Le régionalisme d’avant-guerre a mal fini, mais renaît sous une autre forme.

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