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Feuilleton (chap 20) : les oeufs durs

lundi 24 décembre 2012 par AK Pô


les œufs durs

Peu de jours après le témoignage de Guido concernant l’immanence d’un trafic d’oeufs durs en provenance de Biélorussie, une enquête de la gendarmerie, que relaya la presse, montra qu’en effet un groupuscule mafieux s’était engagé à déstabiliser l’économie limonadière de la ville, en faisant grimper de façon ignominieuse le prix de l’oeuf dur , vendu à deux euros pièce aux cafetiers (quand le cours basique se situait à 13.55 euros les cent), hausse qui, en y ajoutant une TVA relevée à deux chiffres, rendait la vente de ce produit, rapidement périssable, hors de portée de bourse de la majorité des clients. L’article paru dans la presse révélait que le monde avicole s’était, depuis quelques mois, tourné vers l’élevage intensif des poulets à cou nu et autres poulets de chair, au détriment des élevages consacrés essentiellement à la ponte. Or le phénomène était apparu de manière trop précipitée pour que l’on puisse croire à un simple chambardement politique, surtout quand on sait les lenteurs induites par ce type de décision, entre la paperasse et les clauses de salubrité et de sécurité nécessaires à tout changement de cap, d’autant que l’Europe obligeait une mise aux normes des cages des poules pondeuses, ce qui retarderait la mise en place des poulettes de pontes permettant de faire remonter la production en baisse de dix pour cent, au premier trimestre 2012 ; (trois milliards d’oeufs dits de "consommation", pour une production globale annuelle d’environ 13 milliards -chiffres 2011-).

C’est donc avec vélocité que les gendarmes instruisirent le dossier, et tuèrent dans l’oeuf, si l’on peut dire, la propagation de ces actes délictueux dont le profit envisagé n’était en rien négligeable, au vu des quantités concernées. Les poulets de la république n’eurent donc de cesse que d’endiguer la montée de cette mayonnaise malsaine dont la grande distribution saurait faire presto un produit sous appellation prix d’appel, quand, dans la même perspective, d’autres se lanceraient dans la collection d’oeufs de Fabergé, en toute impunité. Le coût des céréales, du fuel, et de l’eau chaude certes jouaient leur rôle sur l’augmentation du prix de l’oeuf dur, et les 20 000 éleveurs directement concernés (à divers titre) finirent par succomber aux menaces répétées des voyous biélorusses, qui leur intimèrent l’obligation de se reconvertir sur la poulaille à manger au pot le dimanche, avant que des sbires assermentés ne leur volassent dans les plumes. Les moyens de pression, quand l’homme entre en jeu, forment une unique barbarie. L’argent n’a pas d’odeur, le barbare renifle le parfum du sang, et au final l’argent n’est qu’un filet de sentiments sanglants qui dore au soir sous la sécheresse des âmes.

Ainsi disparurent les oeufs durs des comptoirs des cafés. Ne restèrent que les cacahouètes, banalement entassées dans de petites coupelles en métal argenté. Le gang biélorusse fut déporté dans un poulailler suisse, où il ne fut nourri que de pain et de chocolat, à l’instar du film éponyme (avec un superbe Nino Manfredi dans le rôle titre). Les poules, surtout des Rhodes Island (plus prolifiques en hiver), se remirent intensément à pondre, relançant les fabriques de pâtes, Lesieur n’augmenta pas de 6% le prix de ses pots de mayonnaise, les flans et autres délices pâtissiers repartirent à la hausse, avec le cholestérol et la surcharge pondérale des philosophes sans comptoir. Carlyle, finalement, était ravi de la disparition de l’encoquillé à la blanche texture, tant sa frayeur avait été grande de devoir mettre la clé sous la porte. Il organisa une petite fête, et offrit sa tournée aux clients pouvant lui réciter par coeur :

"il est terrible le petit bruit de l’oeuf dur cassé sur un comptoir d’étain, il est terrible ce bruit quand il remue la mémoire de l’homme qui a faim."

(Jacques Prévert, in "Paroles")

Ainsi s’acheva, temporairement, l’histoire de l’oeuf. (qui renaquît dans un poème, "ovation", d’André Frédérique, in Histoires blanches).

AK 20 10 12


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