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Peut-on gouverner sans argent ?

lundi 30 juillet 2012 par Oscar du Pont


A l’heure ou les caisses sont vides, le Roi et sa cour sont nus. Que reste-t-il de leur pouvoir ?

L’affaire Peugeot qui vient de faire la une des media pendant une semaine, a mis en évidence s’il en était besoin encore, l’impuissance de nos gouvernants face à des problèmes économiques et industriels complexes dont, par défaut d’expérience, ils peinent à comprendre les tenants et aboutissants. D’autant que pour la plupart d’entre eux ils les renvoient à leurs propres décisions ou indécisions antérieures, tous partis confondus. Et lorsque la poussière retombe et que les postures et gesticulations sont oubliées, on en revient à l’essentiel. C’est-à-dire à pas grand-chose à quoi le gouvernement puisse se rattacher pour garder l’illusion d’avoir sensiblement modifié le cours naturel des choses. Que peut-on faire sans argent ?

Dans notre démocratie mais c’était également vrai dans l’ancien régime, celui qui dirige tient l’essentiel de son pouvoir du droit qu’il s’est donné ou qui lui a été octroyé de collecter l’argent de ses semblables et de le dépenser ou de le redistribuer. Dans un système féodal, l’impôt est levé par la force de l’épée et le seigneur en redistribue une partie à ses affidés. Il en garde l’essentiel pour lui et c’est pour cela qu’on le respecte. Dans une démocratie, c’est à peu près la même chose. L’élu collecte et distribue. Par pudeur, je ne me répandrai pas sur ce qu’il garde pour lui, ce serait je l’admets, pure démagogie. C’est cette capacité à transférer qu’il convient communément d’appeler « faire de la politique » ou « changer le cours des choses ». Donc le citoyen respecte l’élu, tant qu’il prélève l’argent de son voisin un peu mieux nanti que lui pour lui en donner tout ou partie, directement ou indirectement, fusse avec le complément d’une dette plus ou moins importante, facilement couverte par de prochains prélèvements. Pour être réélu, il convient d’être magnanime et généreux avec l’argent des uns, celui de ceux qui ne votent pas pour vous, afin de récompenser les autres, ceux qui justement vous attendent, vous, vos promesses et vos beaux projets.

Bien sûr, toutes les ambitions finissent un jour par des excès. Des promesses toujours plus nombreuses, toujours plus chères qu’il était autrefois assez facile cependant d’honorer quand la Nation, bonne fille confiait généreusement à ses élus une planche à billets des plus efficaces. Pas assez d’argent ? Pas grave, une petite séance d’imprimerie et le tour était joué. Les savants économistes avaient beau s’offusquer en parlant de masse monétaire, de vitesse de circulation de la monnaie et d’inflation, tout cela ne pouvait entamer l’optimisme de ces entrepreneurs de l’impossible, dont l’obsession du toujours plus n’était jamais contredite par la voix de la raison qui leur aurait seriné : « Oui, mais comment on paye ? ». Puisqu’il suffisait de s’endetter puis d’augmenter les impôts ou de dévaluer.

En ayant construit une Europe économique et monétaire avant d’envisager la moindre Europe politique, nos décideurs à la vue courte se doutaient-ils qu’un jour ils se verraient privés de ce qui constitue depuis toujours le socle de leur légitimité ? Dépenser, dépenser, dépenser en renvoyant à leurs successeurs le soin de rembourser, rembourser, rembourser. Et sevrés de dépenses, se doutaient-ils qu’ils risquaient bien de se voir aussi privés de leur pouvoir ? Il est facile d’en mesurer les conséquences. La route sur laquelle ils cheminent aujourd’hui et qu’ils font semblant de nous présenter comme une large avenue, avec un côté gauche, un milieu et un côté droit, sans oublier un trottoir vert, n’est en réalité qu’un sentier étroit, de plus en plus contraint, caillouteux et tortueux, sur lequel ils n’ont guère la possibilité d’exprimer leurs différences autrement que par des anathèmes convenus, des postures et des déclarations qui comme on le sait, n’engagent que ceux qui les écoutent. Il n’y a plus d’argent. Il n’y a plus rien à distribuer, pour « orienter », « structurer », « équilibrer », « répartir », « planifier » notre économie, nos investissements et notre bien-être collectif. Alors on essaye de gagner du temps en creusant plus profond encore dans les poches de ceux qui finiront par s’enfuir ou se cacher pour protéger ce qui leur reste. Et pour marquer les esprits, on les humilie, on les piétine et on jette leurs dépouilles de « riches » à ceux qui attendent qu’on vienne à leur secours, car on le leur a promis et que c’est « juste ». Jamais le mot « riche » n’avait encore été utilisé de manière aussi péjorative pour identifier, non pas ceux qui le sont vraiment et qui en général se tiennent éloignés du commun des mortels, mais les plus aisés, le voisin qui vient de changer de voiture, le patron même petit ou l’inconnu qui passe et plus généralement dans la bouche de nos élus ceux à qui à bon droit, il faut demander des comptes. Des comptes de quoi d’ailleurs ? Ne regardez pas mon doigt quand je montre la lune ! L’aisance matérielle est devenue honteuse, elle doit se cacher, disparaître. Elle ne peut plus être présentée comme la « juste » récompense d’une vie réussie et de beaux parcours personnels ou professionnels. Ou simplement comme un objectif à atteindre, une raison de se lever le matin et d’y croire. Non, elle ne peut être aujourd’hui que détestable, provocante et injuste. La jalousie n’était que stupide, elle est devenue légale, institutionnelle. Il faut penser petit.

Mais bien sûr, ce type de décor d’illusion ne tardera pas à se déchirer. On s’apercevra vite qu’il est impossible d’enrichir les « pauvres » en appauvrissant les « riches ». Que la richesse et la croissance ne se décrètent pas. Que la solidarité nationale mérite mieux que la mise au pilori des élites. Que les plus jeunes, les plus actifs et les plus dynamiques parmi nous seront partis ou se seront découragés, fatigués qu’ils seront d’être plumés en plus d’être vilipendés. Et que si le travail n’appartient sans doute pas aux patrons, il ne peut pas non plus se passer de ceux qui en donnent et qui ne peuvent le payer plus cher que ce qu’il leur rapporte. Et qu’enfin et malgré les moulinets de leurs sabres de bois, nos princes de la générosité sociale, assis sur des caisses vides, auront bien du mal à nous proposer leurs vieux remèdes à base d’antalgiques et de somnifères couteux, dont ils nous ont abreuvés si longtemps simplement pour durer un tour de plus.

Pour le moment il semble que le peuple se satisfasse de propos vengeurs, de poings levés et de déclarations volontaristes à base de redressement productif et de pacte pour l’emploi, comme il se satisfait bien sûr de voir qu’on « n’a qu’à faire payer les riches ». On gagne encore du temps en renvoyant le débat démocratique sur des sujets urgents comme le mariage homosexuel, une charte éthique de la politique et d’autres débats de société dont les socialistes aiment à meubler leurs sous-comités et leurs congrès bavards. On provoque la sage Allemagne et on lui rit au nez, tandis que polie et austère, elle attend notre réveil. Pour combien de temps encore, avant que nos politiques n’acceptent enfin, pour sauver l’essentiel, de transférer à des eurocrates impavides mais efficaces, les fondements de leur pouvoir ? Evidemment, ces derniers les contraindront à ramener la politique fiscale française à une moyenne européenne et contrôleront strictement les nécessaires équilibres budgétaires. Nos politiques devront donc réviser leurs ambitions dépensières et perdront les élections suivantes. D’autant comme on vient de le voir qu’une politique d’eau tiède, telle qu’elle fut pratiquée sous le quinquennat précédent n’a pas permis de les gagner non plus. Mais les bonnes recettes existent, nos voisins nous les ont montrées, alliant chacun à sa manière la nécessité et l’efficacité. Si nous sommes incapables de les mettre en place nous-mêmes, il faudra bien que nous nous le fassions faire par d’autres.

Il va être très dur de faire de la politique sans argent et donc sans pouvoir. Le moment est donc venu, non pas d’un retour à une pseudo-normalité que l’on ne connait que trop bien, mais au contraire à une véritable et courageuse révolution culturelle des élus français. S’ils ne le font pas eux-mêmes, ils y seront forcés, soit par le cours des choses, soit par le vote de leurs concitoyens en gagnant leur mépris en plus. Les vieilles sornettes droite-gauche n’ont plus de sens car les Français ont enfin compris que l’heure des comptes a sonné. Ils sont enfin prêts à l’effort. Pour eux comme pour ceux qui les dirigent c’est la fin de la fête.


- par Oscar du Pont


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Votre commentaire



> Peut-on gouverner sans argent ?
30 juillet 2012, par paysaa  

"On s’apercevra vite qu’il est impossible d’enrichir les « pauvres » en appauvrissant les « riches "

OdP doit vivre sur une autre planète ou calfeutré chez lui car la situation actuelle en France et dans le Monde c’est tout le contraire.

Les riches s’enrichissent de plus en plus tandis que les pauvres s’appauvrissent...

Il suffit de lire la presse pour constater la formidable augmentation du nombre de millionnaires en euros ou les dizaines de milliers de milliards qui sont planqués dans les paradis fiscaux.

> Peut-on gouverner sans argent ?
30 juillet 2012, par Daniel Sango  

On ne peut qu’approuver cette description réaliste.

Mais le réel va frapper à la porte dès cet automne, avec le budget prévisionnel 2013.

Pour ramener le déficit à 4,5% du PIB le PS a bénéficié de l’effort déjà lancé par la droite. Il lui a suffi de ponctionner un peu plus les français.

Mais le mur est là, passer à 3% puis à zéro !!!

Il faut bien comprendre que l’effort est gigantesque, car un déficit de 4,5 % du PIB c’est environ 90 milliards d’euro. On rappelle que le budget de l’Etat pour 2012 dispose de 220 milliards de recettes.

Après les amuses peuples sucrés, on attend avec impatience le plat de résistance...

Il va donc falloir passer à la réduction des dépenses...

C’est là que

> Peut-on gouverner sans argent ?
30 juillet 2012, par Jacques Faget  

Dans une démocratie, le pouvoir provient du suffrage des électeurs.Si vous voulez être élu ou reélu il faut "acheter "les suffrages.C’est ce qu’avait très bien su faire Labarrère, pendant trente ans, qui arrosait de subventions et de secours divers toutes les associations paloises pour être bien vu. Palois, n’ayez pas la mémoire courte !

Si un gouvernement propose comme Churchill en 1940 "du sang, de la sueur et des larmes", il peut aller se rhabiller. C’est pourquoi tous les gouvernement -de droite comme de gauche- se sont montrés généreux avec l’argent qu’ils n’avaient pas , en ayant recours à l’emprunt.Il ne faut pas être sorti de l’ENA pour comprendre que cela ne pouvait durer éternellement. Maintenant nous sommes arrivés au bout du rouleau et il ne nous reste plus que nos yeux pour pleurer smiley

  • > Peut-on gouverner sans argent ?
    30 juillet 2012, par paysaa  
    Vive la dictature !

  • > Peut-on gouverner sans argent ?
    30 juillet 2012, par Rêveur des villes  

    Je vois pas trop comment l’Europe du S peut s’en sortir. Sa dette explose, ses taux d’intérêt sont très élevés. Son industrie a "fichu le camp" en Chine et autres pays asiatiques. Faire payer les pays du N ? Ils ne seront pas forcément d’accord, et à raison. Ne pas honnorer ses dettes, c’est ne plus pouvoir se financer sur les marchés. Les analystes financiers le savent. Les banques ayant des engagements en Europe du S ne valent presque plus rien.

    Les pays du N sont simplement mieux gérés. L’argent n’y est pas dillapidé dans le S. L’intérêt général a un sens, beaucoup moins dans le S.

  • > Peut-on gouverner sans argent ?
    30 juillet 2012, par Rêveur des villes  
    La question de la fiscalité-répartition des richesses est importante, mais secondaire par rapport à celle de la bonne utilisation de l’argent public.

  • > Peut-on gouverner sans argent ?
    30 juillet 2012, par paysaa  

    Cela fait deux ans que les déclinologues de tous poils disent que l’Europe ne pourra jamais s’en sortir, comme si cela leur faisait plaisir...

    Nous en sommes au Xème sommet de la dernière chance !?!?..

    Tout cela devient une vaste pantalonnade..

    D’autant que ce sont ceux qui ont provoqué la crise financière, hier, qui nous expliquent aujourd’hui comment ils vont nous en sortir.

    Les banquiers font de la fausse monnaie, de la cavalerie et si les citoyens faisaient la même chose, ils iraient en prison !

    La France a perdu son triple A et elle n’a jamais emprunté aussi bas sur les marchés !?!?

    L’Allemagne est montré en modèle et Moody’s la met en observation !?!?

    De tous ces "experts", aucun n’a vu venir quoi que ce soit, ni la bulle internet, ni les subprimes, rien !?!?

    Ce sont tous des guignols, qu’ils ferment donc leur gueule !

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