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Tuerie de Toulouse : La dictature de l’immédiateté

lundi 26 mars 2012 par Emmanuel Pène


L’affaire des tueries de Toulouse et Montauban nous amène à réfléchir sur la façon dont, pendant près de trois jours, les médias et le monde politique ont réagi à cet évènement, faisant preuve d’une impatience exagérée, multipliant les conclusions fausses et les mises en cause sans fondement.

Dès la fin du premier jour de la tuerie de l’école juive, dans l’affliction collective compréhensible dans ce type d’évènement, la pression journalistique se tournait alors vers la recherche d’une explication crédible pour le grand public. Des informations avaient circulé pour expliquer que les militaires tués étaient antillais et d’origine nord-africaine musulmans, sans autre détails (on sait depuis que l’un d’entre eux était en fait catholique). Dès lors, plusieurs journalistes émettaient l’hypothèse d’un acte motivé par un individu raciste, appartenant à « l’ultra droite », s’en prenant à la fois aux communautés juives et musulmanes. Le procureur de Toulouse était même interrogé sur ces hypothèses, mais refusait de les commenter. Le lendemain, le tohu-bohu médiatique continuait, reportages devant les écoles confessionnelles, interview des communautés juives et musulmanes, tous les commentaires allant dans le sens de l’acte d’un extrémiste raciste. Parmi ceux-là, David Pujadas dans son 20h présentait ainsi une statistique montrant l’évolution des actes de racisme en France, tandis que le très à droite Eric Brunet sur RMC info essayait de convaincre son auditoire que, au contraire de ce qui était sous-entendu depuis un jour, la France n’était pas raciste.

Les politiques, malgré une affliction sans doute sincère mais sur-jouée, n’ont pas été de reste. S’il est vrai que le Président a su éviter les conjectures et s’en est tenu à attendre les conclusions de l’enquête, on remarquait la saillie de François Bayrou estimant que la tuerie s’enracinait "dans l’état d’une société" malade de ses divisions, accusant les responsables politiques qui "montrent du doigt" en fonction "des origines" et font "flamber les passions", visant par là délibérément Nicolas Sarkozy. François Hollande lui, parlait d’un acte « raciste », ciblant là plus le racisme supposé d’une extrême droite dont le Président de la République essaie de séduire les électeurs, que celui finalement avéré d’un extrémiste musulman envers les juifs et l’occident.

Ils ont gardé une bonne occasion de se taire. Sans doute auraient-ils dû se souvenir des attentats de Madrid en 2004, où une classe politico-médiatique à l’unisson et dans la précipitation condamnait l’ETA pour des attentats qui devaient se révéler l’acte d’Al Qaïda ? Le premier ministre Aznar y perdit son poste de premier ministre.

Est-il difficile d’attendre quelques jours avant de tirer des conclusions, avant d’accuser tel mouvement ou telle personne ou telle catégorie de la population ? Les journalistes ne peuvent-ils pas réfléchir à toutes les hypothèses au lieu de courir comme des moutons affolés vers celle qui leur parait la plus probable ? Ne sont-ils pas capables de faire un vrai travail d’analyse et de réflexion dans le temps, au lieu de réagir bêtement dans l’immédiateté et l’approximation ? Enfin, les politiques ne devraient-ils pas prendre un peu de hauteur et de recul face à l’enchainement des évènements ?

Ils sont sans doute tous soumis au mal de ce temps : la dictature de l’immédiateté.


- par Emmanuel Pène


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> Tuerie de Toulouse : La dictature de l’immédiateté
26 mars 2012, par Jean Lafitte  

Bravo Emmanuel !

(Décidément, je vais me faire mal d’applaudir, avec ce numéro d’Alternatives paloises !)

Absorbé par mon travail pour ou autour de la langue gasconne et béarnaise, je n’ai suivi que de loin cette tragédie nationale, me gardant bien de bâtir des hypothèses sans avoir des faits avérés pour les asseoir. Mais je retirais la même impression de saturation médiatique, partant dans tous le sens selon les orientations politiques des intervenants.

Si donc j’avais suivi cela de près, je crois que j’aurais écrit la même chose qu’Emmanuel.

Accessoirement, pour ceux qui penseraient qu’Emmanuel maitrise mal l’orthographe, je remarque qu’il applique les Rectifications adoptées par l’Académie française et publiées au Journal officiel en décembre 1990 : évènement, enchainement ; et de ma part, maitrise. Le premier n’est qu’un cas ponctuel, les deux autres relèvent de la suppression des accents circonflexes sur i et u , sauf s’ils ont une fonction distinctive, comme il fit (passé simple) distinct de qu’il fît (imparfait du subjonctif).

C’est là une mesure initiée par M. Michel Rocard, dans un but d’efficacité et de démocratisation, en éliminant de l’orthographe des archaïsmes source de difficultés artificielles dont l’apprentissage se fait au détriment de celui de la langue elle-même.

J.L.

  • > Tuerie de Toulouse : La dictature de l’immédiateté
    26 mars 2012, par Emmanuel Pène  
    Bien relevé Cher Jean, et j’ajouterais aussi que le correcteur orthographique de MS word, à la censure duquel je me soumets, applique ces mêmes règles.

  • > Tuerie de Toulouse : La dictature de l’immédiateté
    26 mars 2012, par Maximo  

    E. P. : "à la censure duquel je me soumets"
    Comme elle sonne bien, comme elle est bien rythmée, cette jolie tournure devenue -hélas- rare !

    Mais J’ai encore du mal avec ces règles "nouvelles". Et encore plus (j’aime bien finasser) avec cet emploi inapproprié du verbe initier :

    J. L. : "...une mesure initiée par M. Michel Rocard..."
     smiley Nul n’est parfait smiley

  • > Tuerie de Toulouse : La dictature de l’immédiateté
    26 mars 2012, par JC  
    Ce qui est gênant dans cette triste affaire, est qu’on aurait pu serrer Mohamed Merah sans coup férir et en toute simplicité. Dés que le service compétant l’avait démasqué et localisé, il aurait suffit de garder jalousement l’info, le temps de le laisser sortir de sa tanière et de le coincer en douceur, sans tambour ni trompette. Mais les fuites alimentées par le procureur à la télé, reprises en boucle par les medias ont tout gâché. Ce fut sans doute la seule erreur des services spéciaux.

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