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Justice sociale et pouvoir de l’argent roi : pour répondre à Raymond Monédi

lundi 26 décembre 2011 par Le Masque de Pau


La position concernant justice sociale, pouvoir de l’argent-roi et dévoiement des idéaux de 1789 défendue par Raymond Monédi est intéressante, mais elle peut être prolongée et mise en perspective.

Sur le fond, l’idée exprimée par Raymond Monédi est intéressante. Il y a effectivement dans notre société un véritable problème quant à la souffrance due à la montée des inégalités, l’oubli du minimum de justice sociale, le pouvoir croissant de l’argent-roi, l’idée triomphante de la productivité-reine, et le dévoiement des idéaux fondateurs de 1789. Tous ces éléments, si la tendance qu’ils impriment se confirme dans les années qui viennent, risquent bien de remettre en cause le pacte républicain qui assure la stabilité de notre société et de nos institutions. Et c’est alors que la menace du populisme et du nationalisme primaire avec son florilège de haines et de soi-disant solutions inapplicables se fera de plus en plus forte, dans les esprits ... et dans les urnes !

Le mérite de son argumentation réside dans le dépassement de la position un peu dogmatique de la gauche radicale "mélenchonniste" théorisée par Stéphane Hessel. Raymond Monédi substitue de façon intéressante "équité" à "égalité", et admet que le succès économique dû à la réussite des entrepreneurs et à leur travail ne doit pas être totalement confisqué ou remis en cause. Il rend effectivement justice à 2 figures emblématiques ayant eu une forte fibre associative dans le combat pour une meilleure justice sociale (Xavier Emmanuelli, avec le SAMU social et Martin Hirsch, avec le RSA).

Mais Raymond Monédi oublie Michel Rocard qui a quand même instauré le RMI voilà plus de 20 ans (déjà !), et il aurait pu ajouter une mention aux pères fondateurs des institutions de la IVéme République, souvent bien injustement brocardée (sécurité sociale généralisée, allocations familiales, droit de vote pour les femmes, démocratisation des institutions, réconciliation franco-allemande débouchant sur l’idéal européen avec la CECA, limitation des loyers abusifs, commissariat au plan, préambule constitutionnel réaffirmant la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789...). La France d’aujourd’hui s’est construite en droite ligne de celle de 1945, avec en plus la stabilité institutionnelle et le dilemme colonial enfin réglés au début des années 1960.

Cependant, on peut aussi prolonger et mettre en perspective la thèse de Raymond Monédi par rapport aux précédents historiques. Par analogie au mouvement actuel des Indignés, il faut revoir et creuser ce qui s’est passé avec les émeutes de la faim en 1788, juste avant la convocation des Etats Généraux en 1789, puis les troubles qui ont amené les révolutions de 1848 dans toute l’Europe, signal du réveil des identités nationales et de la prise de conscience de la condition ouvrière, ou bien encore les dramatiques soubresauts intervenus après la crise de 1929, et enfin l’épuisement productif, social et la soif démocratique qu’ont connu tous les régimes communistes Est Européens en 1989...

Tous ces mouvements sont nés d’une brusque contraction économique, couplée avec des inégalités sociales fortes et persistantes, et des gouvernements autoritaires voire antidémocratiques (sauf au début des années 1930). Ces chocs violents ont amené par effet de retour des bouleversements institutionnels (et quelquefois militaires) de grande ampleur. Ces exemples doivent tous être médités. Car la situation actuelle pourrait bien déboucher, si l’on n’y prend pas garde, sur des effets de ce type, dans le cas où aucune solution ne serait trouvée pour aider la partie la plus fragile des populations européennes et éviter qu’elle ne tombe dans une paupérisation sans espoir à moyen terme...

Les gains de productivité sans fin couplés avec le douloureux mais nécessaire désendettement, le choix entre austérité imposée ou augmentation des impôts, l’atonie de la croissance et une Europe ouverte à tous vents ne peuvent qu’aboutir à la désespérance sociale, et au repli sur soi...

Mais, pour répondre à Raymond Monédi, je pense que le drame social français - à savoir le glissement quasi inexorable d’une partie de la société vers cette paupérisation - ne date pas que des 5 dernières années. Elle consacre la faillite d’un système perdurant depuis le coup d’arrêt brutal des "30 Glorieuses", suite au double choc pétrolier de 1973 et 1979. C’est l’ensemble des politiques essayées depuis lors qu’il faudrait mettre en cause, car elles n’ont jamais guéri les maux qui rongent notre société : chômage endémique (finalement bien accepté par les "élites" quoiqu’elles en disent), désindustrialisation et délocalisation, déficit extérieur abyssal, poches de misère et de pauvreté des "cités" (héritage dévoyé et pour le moment insoluble de l’Empire Colonial Français), énormes difficultés d’insertion économique des jeunes et des seniors, acharnement des décideurs économiques à supprimer l’emploi pour mécaniser à outrance (surtout dans les services, à l’opposé la situation prévalant aux USA), réglementation encore trop souvent kafkaienne, "mille-feuille" institutionnel illisible, formation de la jeunesse en décalage avec les débouchés économiques...

Raymond Monédi aurait aussi pu parler de cette pathétique Europe qui se couche devant les agences de notation (mais qui sont-elles, et pour quels intérêts financiers s’acharnent elles à nous dégrader, alors que nos surplus de dettes compensent les errements de la finance reine avant 2008 ?), bien loin des bâtisseurs du traité de Rome de 1957, ou de l’Acte Unique de 1985...

On attend toujours le gouvernement, ou la grande entreprise qui osera attaquer une de ces "sacro-saintes" agences en diffamation, par rapport à l’immense préjudice subi ! Et il est stupéfiant d’entendre encore cette semaine le Président de l’AMF, Jean-Pierre Jouyet, dire que les agences suivent plutôt qu’elles ne précèdent les marchés financiers, alors que toute l’histoire des 6 derniers mois montre clairement qu’elles n’ont fait que jeter de l’huile sur le feu, s’arrogeant un pouvoir que seule une armée en ordre de bataille peut obtenir.

C’est Georges Pompidou qui disait, je crois dans les années 1960, qu’on ne tombe pas amoureux d’un taux de croissance, on pourrait par analogie dire qu’on ne peut que tomber enragé d’un taux de productivité !

Le débat est lancé, aux lecteurs d’Alternatives Paloises de le nourrir !

- Par Le Masque de Pau


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> Justice sociale et pouvoir de l’argent roi : pour répondre à Raymond Monédi
26 décembre 2011, par Daniel Sango  

Effectivement, les agences de notations sont suiveuses des réalités, elles ne les anticipent pas.

Si la France est sous perspective négative, c’est parceque déjà depuis bien longtemps les taux auxquels l’Etat français se refinance sont bien plus hauts que ceux de l’Allemagne par exemple.

On ne peut pas non plus chercher ailleurs, dans une nébuleuse financière, la cause de tous nos maux !

Si nous en sommes là, avec une dette gigantesque, c’est parceque nos politiques ont accepté de voter des budgets en déséquilibre. C’est tout simple !

Et ceci est dû à la priorité qu’ils mettent à leur réelection. Qui aurait été réelu dans les 20 dernières années avec un programme de rigueur ?

C’est plus facile de dépenser l’argent que les suivants, le plus tard possible, devront rembourser.

   
 
 
 
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