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Rigueur et rigueur

lundi 14 novembre 2011 par Paul Itologue


Rigueur et rigueur

M. Fillon ne se lassera pas de se délecter du mot. Dans la bouche d’un mathématicien, il sonne de manière positive ; dans la bouche d’un homme politique il donne une aura de sérieux. Et le partage des rôles doit bien convenir à M. Sarkozy. Mais faudra-t-il en remettre une autre couche ?

C’est la question que se posent bien des français, et avec eux les marchés. Au peuple, on peut faire miroiter l’équilibre des deux plans de rigueur dévoilés par le gouvernement qui mettent à contribution aussi bien les grandes entreprises que les bénéficiaires des régimes sociaux. Equité en trompe-l’œil relèvent les analystes qui observent que les efforts demandés ne pèsent pas sur des personnes ou des entités dont les moyens sont comparables. Par ailleurs, lorsque ces efforts (un mot répété comme avec une mitrailleuse par M. Fillon) font suite à des largesses de grande ampleur (défiscalisation des heures supplémentaires, crédits d’impôt, bouclier fiscal...) faut-il parler d’efforts ou de léger réajustement ? Le gel symbolique du salaire du Président de la République n’aura peut-être pas l’effet escompté auprès des salariés qui n’ont pas oublié l’augmentation inouïe que l’intéressé s’est octroyée à son arrivée au pouvoir.

M. Sarkozy avait déclaré en 2009 qu’il regardait le spread « tous les matins ». Ces derniers mois, il devait avoir aussi un œil sur son nombril (ou celui de Carla) car cet indicateur de l’écart de taux entre les prêts accordés à la France et ceux accordés aux pays européens jugés les mieux gérés s’est élargi de 0,3 à 1,67 point de pourcentage entre mai et novembre ! Certes, on n’atteint pas encore les écarts subis par la Grèce et l’Italie, mais un tel fait ne peut être tenu pour négligeable. Il signifie que le coût d’un emprunt à dix ans pour la France est à peu près le double du coût d’un emprunt similaire passé par l’Allemagne. Ainsi, si la France devait supporter un tel renchérissement pour la totalité de sa dette (1727 milliards), c’est près de 29 milliards d’euros qu’il faudrait trouver en plus ! Heureusement, ce renchérissement ne porte que sur les emprunts récents.

Il n’empêche, les financiers ne se laissent pas prendre aux apparences et aux prévisions de croissance optimistes. Il ne leur échappe pas que bien des mesures de ces plans de rigueur sont électoralistes puisqu’elles portent sur des échéances postérieures à l’élection présidentielle. Ces plans sont habiles, mais l’habileté (ou la rouerie, si vous préférez le mot) ne peut cacher l’essentiel. L’exemple de M. Berlusconi le prouve. L’essentiel pour les français est que rien ne va dans le sens de la décrue du chômage. Au contraire, l’augmentation du taux de la TVA sur les travaux de rénovation va probablement amener un resserrement de l’activité dans ce secteur, alors que des incitations plus vigoureuses pour l’isolation et les économies d’énergie permettraient d’alléger la facture énergétique.

Jouer sur la TVA représente un levier puissant mais sensible et délicat. Porter le taux de 19,6% à 20% peut paraître un relèvement minime. Mais il ne serait supportable socialement que si un abaissement de 19,6% à 10% sur des produits de première nécessité était simultanément adopté. Le renchérissement de quelques euros du prix des téléviseurs et d’autres biens produits à l’autre bout du monde ne compromettrait pas la course aux écrans plats et pourrait se justifier par les problèmes climatiques (effets du transport) tandis que la consommation de produits locaux (pain, lait, légumes et fruits) serait stimulée. Par ailleurs, une prévention des désastres climatiques (remodelage des paysages, entretien...) serait sans doute préférable à des secours a posteriori.

Il en est de même pour la santé économique d’un pays que pour la santé des personnes. C’est lorsqu’on la perd qu’on réalise combien elle est précieuse. Et que l’on regrette les mauvaises habitudes prises...

Paul Itologue

P.S. L’auteur ne peut manquer d’appliquer à lui-même l’esprit critique dont il fait preuve. Ainsi, dans l’énumération des aides apportées à différents pays européens durant les derniers mois faite dans notre dernière chronique manquait l’aide de 130 milliards d’euros accordée à la Grèce en plus de l’effacement de 100 milliards d’euros de dettes à des créanciers privés. Même si les aléas politiques et financiers rendaient incertain le versement de cette aide, elle aurait dû figurer dans notre décompte. En un temps où une agence de notation fait une erreur en annonçant un abaissement de la note accordée à la France, et une structure de défaisance contrôlée par le ministère des finances allemand se trompe de quelque 55 milliards d’euros (excusez du peu !), notre omission peut paraître vénielle, même aux yeux de notre forum. Mais rigueur bien ordonnée commence par soi-même. « Rigueur », j’ai écrit « rigueur », plutôt que « charité » ?

P.P.S. Pour réaliser la complexité des problèmes évoqués (ou plutôt effleurés), posez-vous la question suivante : est-il sain et moral qu’un pays européen en difficulté financière ou sur le point de l’être contribue au sauvetage d’un pays dans une situation pire, par exemple parce que seul un sur 7 de ses ressortissants seulement paye des impôts ?


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Votre commentaire



> Rigueur et rigueur
17 novembre 2011, par Rêveur des villes  

Alors que l’Europe du Sud part en faillite, regardons plutôt ceux qui s’en sortent : les pays d’Europe du N. Moins de clientélisme de gauche avec des emplois de fonctionnaires inutiles, notamment dans les collectivités. Moins de clientélisme de droite avec moins d’écarts de revenus. Moins de mafia et de corruption, moins de fraude à tous niveaux. Moins de dépenses publiques capricieuses comme un certain A. Labarrère à Pau, avec ses sbires.

Là où il n’y a pas un minimum de consensus social, il semble qu’un état finisse en faillite.

> Rigueur et rigueur
17 novembre 2011, par claudiqus  

Me revient en mémoire ce fameux adage : quand le bâtiment va, tout va ...

  • > Rigueur et rigueur
    17 novembre 2011, par pehache  
    Que voilà un retour fracassant de Claudiqus

  • > Rigueur et rigueur
    17 novembre 2011, par claudiqus  
    Suis flatté Pehache ! Fracassant, fracassant, disons que j’apporte une humble pierre à l’édifice . L’a l’air mal en point d’ailleurs ...

  • > Rigueur et rigueur
    17 novembre 2011, par pehache  

    le gouvernement a enfin trouvé qui ruinait la France : ces salauds de malades

    Passons sur le fait que l’auteur de cette sortie incroyable ignore très probablement qu’à l’issue du "délai de carence" de 3 jours pendant lequel le malade ne touche rien, la sécu ne lui verse ensuite que 50% de son salaire. Ce monsieur, politicien professionnel, vit dans des milieux priviligiés où les employeurs compensent en général ce que la sécu ne paient pas.

    Dire que ce type est le leader du courant « La Droite sociale » au sein de l’UMP. Ca fait peur. Le mot "social" est ici employé comme l’était le mot "démocratie" dans "République Démocratique Allemande" (RDA)

  • > Rigueur et rigueur
    17 novembre 2011, par peyo  

    Pehache, dans votre "analyse" il semble que vous n’avez pas remarqué qu’une inégalité flagrante perdure.

    Les fonctionnaires , quand ils sont en arrêt de travail pour raison médicale, vont continuer à échapper au contrôle médical dans la très grande majorité des cas.

    En effet la prescription d’arrêt n’est transmise ni rapidement ni directement à la Sécu et le contrôle médical ne s’effectue pas selon les règles communes aux autres assujetis.

    En pratique pour les fonctionnaires il y a contrôle restreint soit sur les arrêts de plusieurs semaines soit depuis ce décret de 2010-1095 la grande nouveauté définissant de façon expérimentale( ?) les modalités du "traitement des données à caractère personnel relatif au contrôle à titre expérimental des congés de maladie des fonctionnaires de l’État " dans 3 caisses de Sécu (et non les 6 initialement prévues) .

    Sans mettre en cause l’honneteté de la majorité des fonctionnaires, on peut s’interroger sur le peu de curiosité pour comprendre l’origine et les distorsions d’arrêts pour causes médicales. Sans négliger de regarder la fréquence et la durée des arrêts pour causes médicales, selon que les malades ont un statut de fonctionnaire ou sont banalement salariés du privé.

  • > Rigueur et rigueur
    21 novembre 2011, par pehache  
    Il me semble que votre ministre de la droite sociale ne l’a pas remarqué non plus.

  • > Rigueur et rigueur
    14 novembre 2011, par Maximo  

    C’est merveilleux de lire tout un exposé et le raisonnement qui va avec basés sur ceci

    un abaissement de 19,6% à 10% sur des produits de première nécessité (...) (pain, lait, légumes et fruits)
    alors que le taux actuel sur ces produits est de 5,5 % Cet abaissement du taux consiste donc à... le doubler !  smiley smiley smiley

  • > Rigueur et rigueur
    14 novembre 2011, par L’ OURS du Bois  
    maximo, c’est quoi doubler ????? smiley smiley

  • > Rigueur et rigueur
    14 novembre 2011, par Maximo  

    C’est merveilleux de lire tout un exposé et le raisonnement qui va avec basé sur ceci

    un abaissement de 19,6% à 10% sur des produits de première nécessité (...) (pain, lait, légumes et fruits)
    alors que le taux actuel sur ces produits est de 5,5 % Cet abaissement du taux consiste donc à... le doubler !  smiley smiley smiley

  • > Rigueur et rigueur
    14 novembre 2011, par L’ OURS du Bois  
    maximo, c’est quoi doubler smiley smiley smiley

  • > Rigueur et rigueur
    14 novembre 2011, par Maximo  
    tg, tg, L’Ours smiley smiley smiley

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