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Mondo cane !

samedi 3 juillet 2010 par AK Pô


Au début, je n’y ai pas prêté attention. Ce n’est que lorsque l’habitude de venir m’asseoir sur ce banc des allées de Morlaàs est devenue un rituel pour moi que mes observations ont commencé à prendre une autre tournure...

S’il n’est rien de moins distinguable qu’un chien parmi des centaines d’autres qui cabriole, batifole, court d’un arbre à un autre, lève la patte arrière (occasion intéressante de s’apercevoir si le chien est gaucher ou droitier), file truffe au ras du sol à la recherche d’un paradis perdu ou à découvrir, aboie, jappe, sautille, réclame une baballe, se laisse aller dans les allées sans laisse et sans collier, bref, toute cette foultitude de chiens aux dénominations étranges, ridicules, grotesques parfois, stéréotypées souvent, rend l’observateur incrédule, et tend à lui faire regretter de n’avoir lui même quatre pattes pour galoper loin de sa servitude plébéienne.

Ce qui m’a, en premier lieu, intrigué, c’est l’absence de maître(sse) lui tenant compagnie. Ce chien, d’âge mûr, agile et vif, pas plus haut qu’un écureuil de la caisse d’épargne mais aussi gras, avait au cou un collier qui scintillait par à-coups, dès qu’il passait à proximité d’un autre animal, ou de promeneurs. Je pus constater grâce à mes fréquentations récurrentes du banc (celui qui se situe au carrefour de l’avenue des Sayettes) que le phénomène n’était pas dû uniquement à une réverbération solaire, comme je l’avais initialement cru. Il se trouva en effet diverses journées pluvieuses, quand se dissimulent sous les parapluies les conversations des teneurs de laisse, qui me mirent la puce à l’oreille quant aux éclats brefs que lançait le collier du chien, tels que je les avais auparavant constatés.

Je recherchai alors dans la morphologie de l’animal la présence d’une source d’électricité statique, une fulgurance de l’âme qui s’enflamme au simple frôlement d’une congénère, une idée lumineuse surgie du sombre néant, ou, plus simplement, un vif éclair dans le regard. De la race des teckels à poils longs, l’animal se déplaçait en balayant de sa queue son passage, ne laissant nulle trace visible dans la poussière. Son parcours tantôt était solitaire, tantôt introspectif et furtif, filant à l’indienne toute chienne en ribaude, reniflant de mystérieux indices, y laissant ses repérages odorants ; puis changeant brusquement d’attitude, il se ruait sur la victime qu’il venait de pister, et jappait en tournicotant autour d’elle, de son propriétaire, créant ainsi un léger mouvement de panique, survoltant l’autre canidé qui se mettait à danser frénétiquement de l’arrière train jusqu’aux oreilles. Une rafalée de petits flashes alors se déclenchaient provenant du collier. Mon oeil désormais aiguisé ne laissait aucun doute sur ces constatations.

Cette foire d’empoigne cessait aussi brutalement qu’elle avait commencé, et mon toutou détalait sans demander son compte au maître furibard. Où allait-il, je l’ignorais ; je le regardais galoper vers le rond point des allées de Morlaàs, où il disparaissait de ma vue.

Si je vous raconte cette histoire qui vous paraîtra sans conteste anodine, c’est pour ce qu’il advint par la suite. Le hasard mène son petit bonhomme de chemin. Tout d’abord, ce fut un matin, que je vis mon chien débouler avenue Péboué, au carrefour de l’avenue de la Paix, alors que je revenais d’une visite à ma mère dans une maison de retraite située dans ces parages. Je remarquais que les animaux tenus en laisse qu’il croisait chemin faisant n’attiraient nullement son attention, qu’il semblait uniquement se focaliser sur son lieu de vagabondage quotidien, le terre-plein des allées. Ensuite, ce fut une après-midi de juin, alors que juché sur mon vélo j’explorais en les comptabilisant les 293 kms de rues paloises et faubourgeoises, que je le revis, dans l’autre sens cette fois, se dirigeant chemin Brousse de Gua de Lapa, route de Morlaàs. Immédiatement, je fis le rapprochement : la SPA. Mon esprit ne fit qu’un tour de roue : ce chien était un agent double. Sous prétexte de se balader comme tout chienchien normal, il se fondait dans la masse des canidés domestiques afin de. De quoi ? Ma logique à cet endroit rencontrait un écueil ; et soudain, je fis le rapprochement : écueil-écureuil.

Assis sur mon banc, semblant distraitement suivre le manège de l’animal, je rentrai en contact avec plusieurs propriétaires de chiens. Si je renâclais face aux carlins, boxers, bergers allemands et autres dobermans, dont la plupart des maîtres sont chaussés de bottes cloutées, le contact avec les maîtresses de caniches, bichons et autres lévriers afghans fut pour moi (et mon enquête) une source notable de déléctation (je fus souvent invité à quitter mon banc par la suite, notamment les jours de pluie, quand les théières frémissent sur les tables de salon). Je pus ainsi parfaire mes hypothèses quant au chien intriguant et les solutionner.

En effet, nombre de propriétaires avaient reçu, depuis quelques semaines, une profusion d’amendes dans leur boîte aux lettres, émanant du commissariat central. En plus du procès verbal, étaient jointes au courrier : une photographie du chien contrevenant, flashé en pleine action de déjection sur la voie publique, une autre du maître regardant ailleurs, et une troisième des deux ensemble quittant les lieux du crime sans intervention directe sur la résorption du mobile. Parfois, les photos différaient : griffures et morsures aggravées, vol de balle en caoutchouc, délit de fuite, conduite en état d’ivresse de l’animal tenu en laisse, port de muselière rendant l’identification de l’animal impossible, etc etc. J’en déduisis illico que mon toutou, basé à la SPA, y retournait le soir faire son rapport preuves à l’appui, avant transmission aux autorités compétentes.

Je sus, bien plus tard, qu’une brigade de chiens espions avait été créée, répertoriant les fautifs par leur numéro tatoué derrière l’oreille, que ces mammifères sévissaient dans les lieux stratégiques de la cité, et que le montant des amendes était reversé d’une part aux services municipaux afin d’entretenir les motos-crottes, payer l’essence et les employés, d’autre part sur le compte bancaire (caisse d’épargne) de l’amicale des chiens perdus sans colliers de la SPA, (chiens et chats confondus), et que ce petit magot -approvisionné également par la diaspora des animaux domestiques relâchés sur les routes à l’époque des départs en vacances- fructifiait gentiment, chaque membre ayant droit annuellement à un petit os à ronger.

Ainsi vont les choses, dans le paloisant Mondocane.


-par AK Pô
27 06 10


3 juillet : saint Thomas.

Dicton : " qui se défile à la saint Thomas délitera par devers soi les baldaquins au quatorze juillet"


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Votre commentaire



> Mondo cane !
3 juillet 2010, par Maximo  

Vous devriez... Mais je crois l’avoir déjà évoqué ici... Et vous le connaissez probablement...

Bref : Ak Pô, vous êtes un disciple digne et insigne de Clifford Simack et de son Demain, les Chiens smiley

  • > Mondo cane !
    3 juillet 2010, par AK Pô  
    Oui Maximo, je dois d’ailleurs (et de nulle part) suivre un stage pour devenir dromeur sur Jupiter, mais la liste d’attente est longue... smiley (je ne sais plus où j’ai fourré ce bouquin, à vrai dire ; je soupçonne même le chien du voisin de me l’avoir dérobé pour le relire)

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