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La rue Lamothe, avant mutation génétique

samedi 6 février 2010 par AK Pô


La rue Lamothe, qu’il ne faut pour rien au monde débaptiser, ressemble à un présentoir des cultures qui exhiberait ses beautés archaïques, ses caravansérails gustatifs, ses ruines contemporaines ludo-financières, bref toutes ces formes délétères qui font qu’en l’empruntant on regagne un passé qui s’écrit au présent.

Dans cette rue de la dimension d’un cinquième de décimètre sur les plans de poche de la ville, courte sur pattes, le pas s’émarge, le nez se dresse, les pensées s’égarent, le vertige instaure sa loi dans la décrépitude des façades. La rue Lamothe est la plus cosmopolite des rues, celle qui survit à toutes les déchirures, amoureuses autant qu’existentielles.

Chercher Lamothe sur internet est déjà plonger sous un porche de la rue : on cherche un homme, il s’en présente une foule : Juyne de L., François de Salignac de L., Antoine de L.-Cadillac, L. Le Vayer, nobles, écrivains, fondateurs de villes (Détroit), savants. Mais où est le petitou qui donne son nom à la rue, impossible de mettre la main dessus en ce dimanche. Chez Lolo, on me renseigne : le gosse est parti en voyage philatélico-gastronomique, à l’autre bout de la rue. Il vient d’envoyer une carte postale, tenez, regardez : lundi, chiche kébab* à Marrakech, près de la Koutoubia, chez Hassan, mardi arrêt au Caire, balade en félouque et dîner sur le Nil Bleu (tajine et pastilla), mercredi remontée sur Rome, et pizza chez Angelo, dans le Trastevere, en compagnie d’une jolie enseigne de vaisseau du nom de Rosabel, jeudi Istambul (j’ai raté le TGV Rome-Pau), café turc et döner kébab* ponctuée de fumerolles de narguilés aux parfums d’orient, en compagnie de Pierre Loti, Yachar Kémal et Nazim Hikmet ( H.de Monfreid préférant se goinfrer de manti, raviolis turcs, dans un restau avec vue sur le Bosphore), vendredi enfin j’arrive à Paname, affamé, et déguste une grosse entrecôte frites (c’est de là que je vous écris ma carte postale), avant de passer rue du Louvre (poste centrale).J’envisage le retour par les Etats-Unis, en longeant la Pacifican et l’Atlantic Coast (afin de me saper pour the next Urban Session au Zénith palois), ramener quelques toiles d’Edward Hopper, voire une Dreamachine de Brion Gysin au galériste Henry, et un morceau de Bâton Rouge pour BB ; on verra bien. Mais je conserve en bouche le goût de tes crêpes, Lolo.

J’apprends que le gamin voyage gratis, sponsorisé par l’association Yvert Galant et Maison Tellier, sous le logo "le timbre européen", et a pour seule mission de rapporter des premiers jours aux rives dentelées, des figurines gaufrées, des impressions en taille douce, bref de s’affranchir de sa jeunesse sans oblitérer son avenir. Il faut admettre que, dans le Passé, certaine jeunesse passait plus de temps au "Player’s" qu’au lycée, au "Parc" qu’en études dirigées. Mais quand on sait que Zappa (Franck) possédait dans la rue un igloo en pierre ( où il composa "don’t eat the yellow snow"), et qu’il a laissé son nom gravé sur le frontispice, on comprend aisément que les synapses estudiantines commutent encore leurs neurones d’étincelles Gibsonniennes chez Royal Music, et que le cordon ombilical des djeuns ressemble à la queue d’un petit cochon musico-germanopratin.

Néanmoins, cette étroite avenue des aventures perdues entretient son passé et ses petits vieux qui la cheminent (anciens vendeurs de journaux gratuits et achemineurs de courriers à la bourre), sourire en coin. Ils se souviennent du centre de tri, des petites siestes en douce, entre cinq et six heures du mat, dans le vestiaire des facteurs (qu’il fallait balayer), des lettres de relance qui fusaient comme des javelots à travers les fenêtres barreautées donnant sur la rue sombre, de cette boutique de tailleur où des femmes assez girondes et fantasmatiques cousaient, reprisaient, sous l’oeil dur des patrons, attirant de jeunes minets audacieux comme à l’époque les photos de pub de Sarah Moon pour Cacharel caressaient l’imaginaire des ados d’un érotisme Liberty.

Aujourd’hui, on y met les pendules à l’heure (je crois), et les machines à coudre ont migré vers celle du café du Parc, mais elles cousent encore chez Amarante, et quand nous, nous ne causerons plus, d’autres minots, d’autres tubineaux défileront le long du temps, écrivant l’histoire en décrivant la bobine des gens qui passent et survivent à toutes les déchirures, amoureuses autant qu’existentielles.

-par AK Pô

31 01 10

* Attention, notez bien : le chiche kébab est une brochette d’agneau préparée à l’orientale (Maghreb), le döner kebab (Turquie) est une viande de mouton cuite sur une broche et découpée en lanières, servie dans un pain rond (pain pita) avec différents ingrédients (créé par le cuisinier Mehmet Aygün, en 1971, à Berlin). (Ca, c’est de la culture, ô pôvre !)


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Votre commentaire



> La rue Lamothe, avant mutation génétique
6 février 2010, par Bernard Boutin  

Je fais quoi du bout de bâton rouge ? C’est une sucette ? Y va falloir que je passe le chercher pour savoir...

Merci pour ce voyage dans un imaginaire incertain.

Bernard

  • > La rue Lamothe, avant mutation génétique
    6 février 2010, par Maximo  

    "Je fais quoi du bout de bâton rouge ? C’est une sucette ?"
    Les forums sur la voirie amènent de drôles de commentaires smiley

    Les bâtons rouges et les sucettes après lees préservatifs et les intégrations verticales smiley

  • > La rue Lamothe, avant mutation génétique
    6 février 2010, par AK Pô  
    Lamothe ne vous dit rien mais Bâton Rouge vous fait djazzzer ! smiley Quelle époque...

  • > La rue Lamothe, avant mutation génétique
    6 février 2010, par Bernard Boutin  

    Well ! Pour ma part, j’ai vécu dans le coin. Alors, souvenirs, souvenirs...

    "The land of Dixie", c’est un peu comme chez nous. Très authentique.

  • > La rue Lamothe, avant mutation génétique
    7 février 2010, par Maximo  
    c’est que Lamothe, on y est plus habitué, mais vous avez raison smiley

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